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Les PI(I)GS, un groupe homogène ou un chaos ?

 

Le Portugal, l’Irlande, l’Italie, la Grèce et l’Espagne : tous ces pays, désignés par l’anagramme méprisant PI(I)GS (« cochon » en anglais) dans les salles de marché, sont en difficulté financière. Cependant ce serait une erreur de les mettre tous dans le même sac. Conjoncturelles ou structurelles, les causes de leurs problèmes sabordent cette idée reçue.

La Grèce et l’Italie sont en fait ceux qui sont vraiment la cible des marchés. Par leurs déficits anciens, leur crédibilité est faible. En effet, la Grèce était déjà chroniquement déficitaire avant même son entrée dans l’euro et a trafiqué ses comptes pour pouvoir adopter la monnaie unique. Sa situation actuelle relève d’un retour de flamme des marchés sanctionnant une politique laxiste et un système corrompu : la société grecque étant habituée aux « enveloppes » (« fakelakis ») glissées sous la table. Les plans d’austérités imposés par l’Union Européenne et le FMI, conditionnant l’aide de 110 milliards d’euros, sont en train d’être appliqués malgré une tension sociale forte. L’ Italie voit sa note baisser à AA- par Fitch et Standard and Poor’s mais cette dernière est essentiellement détenue par les Italiens. De plus, ils ne se sont pas beaucoup endettés à l’inverse des Irlandais et des Espagnols. C’est plus sur sa crédibilité que le gouvernement est attaqué, Berlusconi s’en sortant de justesse (3 voix) lors d’un vote de censure.

Car l’Irlande, l’Espagne, le Portugal ont connu un redressement de leur situation économique à la fin des années 1980 qui a poussé leur population à s’endetter. L’Irlande est, en effet, l’exact contraire de la Grèce. Ancien pays sinistré de l’Union, l’Irlande a connu depuis le début des années 1990 un boom économique alimenté par son secteur financier, lui même très lié au secteur financier américain. La faible imposition des entreprises (12,5%) a aussi joué pour l’attractivité et le dynamisme du pays qui a alors attiré de nombreux migrants des pays de l’Est. La crise financière qui a sapé les bases des banques américaines, a du même coup, durement touché l’Irlande qui doit désormais faire face à un chômage record. Les prêts de l’Union et du FMI, conditionnés à une intervention dans l’économie nationale, sont mal perçus de la population et le gouvernement patine. L’Espagne connaît également une situation difficile et doit faire face à un chômage important, ainsi qu’aux migrants du Sud qu’elle a naturalisés en plein boom économique mais qui se retrouvent sans emploi maintenant. Le gouvernement Zapatero doit imposer dans la douleur ses plans d’austérité successifs. Enfin, le Portugal se bat pour ne pas finir comme l’Irlande malgré l’arrêt brutal de dix ans de croissance forte.

Si les petits pays (Grèce, Portugal, Irlande) sont susceptible de quitter la zone euro, cela reste peu probable. Les avantages à court terme (une dévaluation massive) seraient balayés par les handicaps (coût de réimpression de la monnaie, attaque des marchés sur le pays désormais sans défense…). L’appellation PI(I)GS sous-entend donc une fausse unité. Et l’abandon de l’euro un faux espoir : c’est ce que l’on appelle tomber de Charybde en Scylla.

About Nicolas MOULIN

Nicolas Moulin est étudiant à Euromed Management après trois ans de CPGE ECS au lycée Pierre de Fermat.
Membre de 2012 à 2013 de la commission SimONU , qui organise des simulations de négociation de type ONU et qui participe aux différents MUN européens et américains, il était responsable simulation et Think Tank au sein de cette commission.
Zones de prédilection : Europe et Etats-Unis.

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