Les Jeux olympiques : une tribune politique
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Les Jeux olympiques : une tribune politique

 
JO de Mexico (1968)

L’Olympisme a évolué au cours du XXème siècle et est devenu l’objet d’une politisation. Les Jeux Olympiques, à l’instar des Expositions universelles auparavant, reflètent désormais la puissance des nations et tendent à exacerber la compétition entre elles. Les Jeux olympiques apparaissent alors de plus en plus comme des lieux de revendications politiques, de contestations, d’exclusions punitives, de boycotts.

Les Jeux olympiques : théâtre de revendications politiques diverses

A l’occasion des Jeux olympiques de 1968 qui se déroulent à Mexico, les Black-Panthers ont dénoncé le racisme ambiant aux Etats-Unis à travers un coup d’éclat. L’image des deux athlètes noirs américains, Tommie Smith et John Carlos, le poing ganté de noir levé sur le podium a fait le tour du monde. Le sport sert ici à dénoncer un modèle social.

A partir de la fin des années 1870, les Etats du Sud instaurèrent une série de lois raciales. Ces dernières prennent le nom de lois « Jim Crow ». Elles privent les afro-américains de nombreux droits. Les populations noires n’ont pas le même accès à l’éducation, aux soins, aux transports. Pour lutter contre ces lois racistes et ces différences de traitements, de nombreux mouvements vont naître. Le plus connu d’entre eux est le mouvement pacifiste mené par le pasteur Martin Luther King. Ces actions passeront par l’organisation de boycotts ou de marches de grande ampleur toujours dans le but de dénoncer les traitements réservés aux populations noires. D’autres organisations plus radicales voient le jour, comme le mouvement Nation of Islam ou encore le mouvement des Black Panthers. L’assassinat en avril 1968 du prix Nobel de la paix Martin Luther King entraîne des émeutes dans tout le pays. Le pasteur était le leader de la lutte pour l’égalité des droits civiques entre les populations blanches et les populations noires. Sa disparition laisse alors la place à d’autres organisations comme celle des Black Panthers. Le clivage et les tensions entre les différentes populations sont donc exacerbés à l’aube des Jeux olympiques de Mexico.

Le début de la compétition s’effectue le 12 octobre 1968. Le 16 octobre 1968, Tommie Smith remporte le 200 mètres, son compatriote John Carlos finit troisième. La remise des médailles est prévue le lendemain. Devant les caméras du monde entier, les deux athlètes américains accomplissent alors un geste politique fort. Durant l’hymne national, ils lèvent chacun un poing ganté de noir. L’australien Norman, médaillé d’argent, les soutient en portant sur le podium un badge avec la mention « Olympic Project for Human Rights ». C’est ce dernier qui a d’ailleurs suggéré aux deux athlètes de partager la paire de gants, John Carlos ayant oublié la sienne.

Ce geste a pour but de dénoncer les conditions de vie réservées aux noirs Américains. Quelques mois après la disparition de Martin Luther King, ces deux poings levés en signe de revendication exposent au monde entier le problème racial américain. Les sanctions envers ces deux athlètes sont très lourdes. Ils sont en effet exclus des Jeux à vie. L’Australien est également sanctionné par l’équipe australienne. Pour les organisateurs des Jeux, la violation de l’article 51 de la charte olympique justifie cette exclusion. Cet article précise « qu’aucune sorte de démonstration de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisé dans un lieu, site ou emplacement olympique ». Après avoir quitté le stade sous les sifflets du public, la vie de ces athlètes américains devient très compliquée. Ils font avec leurs familles l’objet d’insultes et de menaces de mort.  Toutefois, ce geste fit avancer la cause noire aux Etats-Unis.

En 2004, Arash Miresmaeili est l’une des meilleures chances de médaille iranienne aux Jeux d’Athènes. Il n’a pourtant pas concouru. Inscrit dans la catégorie des moins de 66 kilos, le judoka est disqualifié après s’être présenté à la pesée avec 5,5 kilos de trop. Une telle négligence est peu crédible de la part de celui qui était à l’époque double champion du monde. Très vite, des raisons politiques sont mises en avant. Dès le premier tour de la compétition, l’Iranien – qui est aussi le porte-drapeau de sa nation – devait en effet affronter l’Israélien Ehoud Vaks. « Je me suis entraîné pendant des mois, je suis en forme, mais je refuse de combattre contre un Israélien, par sympathie pour les souffrances du peuple palestinien, et cette élimination ne me bouleverse pas », a déclaré le champion à l’agence officielle Irna. Finalement cet acte ne lui a valu aucune sanction. Il a reçu les félicitations des plus hautes instances de son pays et même perçu une prime.

En 2014, en soutien à leur pays, des athlètes ukrainiens vont quitter les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi. Une façon pour eux de protester contre l’usage de la force qui a fait de nombreux morts à Kiev. La skieuse ukrainienne Bogdana Matsotska et son père et Oleg Matsotski, qui est aussi son entraîneur, se sont déclarés outrés par le refus du président Viktor Ianoukovitch de privilégier le dialogue avec les manifestants. La jeune femme, 27e du Super-G et 43e du slalom géant, était pourtant inscrite pour le slalom vendredi. « Gloire à l’Ukraine, gloire à ses héros ! » ont ajouté le père et la fille dans le message Facebook qui explique leur choix. Pour l’ex-star de la perche Sergueï Bubka – qui respecte la décision de tout athlète ukrainien de se retirer des Jeux – « la meilleure chose pour l’équipe est de rester » à Sotchi -, pour montrer sa solidarité avec ceux qui souffrent en Ukraine. Toujours lors des Jeux olympiques d’hiver, Taiwan refuse de concourir avec le nom de Chinese Taipei en 1980.

Une image forte marque les Jeux olympiques de 2016. Éthiopien Feyisa Lilesa passe la ligne d’arrivée les bras croisés au-dessus de sa tête, comme ligotés. Ce geste, expliqué en conférence de presse, était en fait un soutien aux opposants dans son pays. Un parallèle peut alors être effectué avec les événements des Jeux olympiques de 1968.

Une revendication politique non exempte de violences

Les Jeux olympiques apparaissent également comme un lieu de revendications pour l’organisation « Septembre noir » ayant des conséquences tout à fait dramatiques lors des Jeux de Munich en 1972. L’organisation « Septembre noir » est un groupuscule crée en juillet 1971, avec l’accord plus ou moins tacite de la direction du Fatah, en vue de venger les Fedayins, groupes de commandos palestiniens ne reconnaissant pas Israël, morts en Jordanie l’année précédente.

Participer aux Jeux olympiques de Munich est un événement important pour les Israéliens et surtout pour les allemands afin d’effacer le souvenir des Jeux de 1936. Afin d’exhiber la nouvelle image démilitarisé de l’Allemagne, les forces de sécurité se montrent laxistes, la police est bannie du site olympique et est remplacée par deux mille hommes de sécurité non armés et vêtus d’un uniforme banalisé.

Lors de ces Jeux, un commando de huit fanatiques palestiniens de l’organisation investit le pavillon 31 du village olympique. Déjouant la surveillance des équipes de sécurité, ils ont réussi à pénétrer à l’intérieur des locaux occupés par les Israéliens et ont pris onze hommes en otage. Le bilan est lourd : onze Israéliens sont tués ainsi que quatre terroristes. L’acte de terrorisme perpétré par le groupuscule palestinien a fait connaître au monde la cause palestinienne. En exportant le conflit israélo-arabe en Europe, les Palestiniens avaient trouvé un nouveau terrain de bataille et reprenaient l’initiative aux Israéliens.

Devenus l’événement sportif le plus médiatisé de la planète, les Jeux olympiques sont bien plus qu’une simple confrontation sportive. Ils constituent véritablement une vitrine politique, c’est-à-dire un lieu d’expression privilégié où la puissance d’un pays, la contestation, la violence physique ou symbolique exercée durant ces Jeux, peut être relayée par l’ensemble des médias internationaux. L’histoire récente des JO nous offre un exemple de cette spécificité, à l’exemple de l’Olympiade de 2008 à Pékin. Le gouvernement chinois a ainsi fait des JO une opération visant à renforcer sa notoriété internationale, en se montrant capable d’organiser ces Jeux. Toutefois, ces Jeux ont été le révélateur mondial d’une problématique régionale : celle des droits de l’homme et de la place du Tibet dans la République populaire de Chine.  De nombreux mouvements politiques de dénonciation se sont déroulés le long du parcours de la flamme olympique ou lors des épreuves sportives. Ainsi, par exemple, Szymon Kolecki, haltérophile polonais, s’est rasé la tête en signe de solidarité avec les moines tibétains et la répression au Tibet. L’Olympisme a offert à certains une tribune qu’ils n’auraient certainement pas pu avoir autrement. L’impact planétaire que les Jeux détiennent et leur rôle de messager international en font un événement majeur de notre histoire et de notre monde.

 

About Luc Duval

Diplômé en science politique et relations internationales de l'université Lyon III et de l'IRIS SUP', Luc s'intéresse notamment à l'Asie où il y a travaillé.

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