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A quoi servent mers et océans ? (1/3)

 

Occupant plus des deux tiers de la surface de la planète, mers et océans constituent un maillon essentiel de la mondialisation contemporaine. Pour les principaux Etats, il ne s’agit plus de les « maîtriser » pour gagner des guerres (via une puissance navale) mais bien de les utiliser pour renforcer leur influence économique et politique.

La puissance navale, maillon essentiel de la sécurité de plus des deux tiers de la planète
La puissance navale, maillon essentiel de la sécurité de plus des deux tiers de la planète

Qu’il est loin le temps où la doctrine de l’Amiral Mahan, préconisant aux Etats-Unis la maîtrise des mers comme préalable logique à une domination globale du monde, prévalait. Aujourd’hui, même si les Etats-Unis demeurent la première puissance navale et économique mondiale, il semble que la maîtrise des eaux n’ait plus un seul véritable aspect de conquête. En effet, pour tout Etat, la maîtrise des eaux a un aspect plus défensif : il s’agit de préserver la sécurité de ses littoraux contre diverses menaces.

Même si, dans l’histoire, toutes les grandes dominations se sont faites grâce à un leadership maritime (des Britanniques aux Espagnols en passant par les Chinois et les Américains désormais), aujourd’hui, on assiste à une mutation du rôle joué par les océans dans la compréhension du monde. Fini le temps où ils étaient le théâtre de guerres. En raison de la relative pacification du monde, mers et océans sont les catalyseurs de la mondialisation. Cette dernière a en effet poussé tous les pays du monde à développer leurs littoraux, pôles clés du développement des échanges commerciaux.

Néanmoins, la marine reste un pan nécessaire du trident militaire de chaque Etat (avec l’air et le terrestre)

Cependant, parler d’abandon de flottes militaires est illusoire. Pacification du monde ne signifie pas parfaite sécurité pour les grandes puissances de notre planète. Ainsi, tout comme l’arme nucléaire aujourd’hui, les flottes ont essentiellement un effet dissuasif. Elles peuvent avoir un effet rassurant, même si leur usage pour le seul objectif de « démonstration de force » existe toujours, particulièrement pour certaines puissances (ré)émergentes. Le cas chinois est évidemment révélateur : en développant exponentiellement sa force navale ces dernières années, s’agit-il pour la Chine de protéger ses littoraux, espaces clés de l’économie du pays, ou de propager des velléités expansionnistes, du Japon au Vietnam ? Probablement un peu des deux, et la Chine se permet de jouer sur l’ambiguïté.

On le voit donc, cette mondialisation a probablement rendu le concept de puissance navale « active » légèrement caduc, sauf pour des pays émergents en quête de puissance militaire et diplomatique. Est-ce à dire que les pays industrialisés traditionnels, qui, mis à part les Etats-Unis, ont globalement réduit leurs flottes navales, vont devoir se réarmer pour faire face à de nouvelles menaces ? Probablement non, du moins tant que les menaces actuelles (terrorisme notamment) restent bien plus continentales que maritimes.

Nous verrons dans un prochain chapitre comment la gestion des océans et mers font aujourd’hui globalement l’objet d’une concertation mondiale, gage d’une plus grande sécurité.

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d'HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d'un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l'Association Les Yeux du Monde

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One comment

  1. Bonjour Monsieur,
    Je vous remercie de votre article sur les problématiques du rôle et de la pertinence d’une puissance navale. Couvrant 2/3 de la surface du globe, support de près de 90% des flux mondiaux, la mer reste en effet un « maillon essentiel de la mondialisation ». Et si, en mer, le concept de « bataille décisive » cher à Mahan ne parait aujourd’hui plus pertinent, il semble que le rôle de la marine reste fondamentale.
    En effet, la réponse aux menaces actuelles, notamment en terme de projection de puissance, reste, de façon déterminante, maritime. Ainsi, le développement d’une « puissance navale active » ne doit-il pas devenir exclusivement l’apanage des pays émergents mais bien rester une priorité des « pays industrialisés traditionnels », soucieux de tenir leur rang dans le concert des nations. La puissance en mer est bien souvent gage d’une réelle possibilité de projection de puissance/force qu’il convient de conserver. Celle ci n’est pas uniquement dissuasive mais peu devenir l’outil efficace d’une politique diplomatique ambitieuse.
    Et si « la sécurité de ses littoraux contre diverses menaces » reste une des missions de la marine, elle ne peut se résumer à cela et doit rester garante de notre capacité à projeter nos forces sur tout théâtre de crise. Ainsi, il ne s’agit pas de se cantonner à une marine de « patrouilleur côtier », dont le rôle reste essentiel, mais bien de tenir la place d’une marine de premier rang. La France reste soucieuse de cette prérogative et les efforts, notamment budgétaires, qu’elle consent témoigne de cette préoccupation.
    Bien cordialement

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