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Corée du Sud – Japon : un regain de tension dans les relations bilatérales

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Le président sud-coréen Moon Jae-in

Les tensions ont été ravivées fin décembre entre la Corée du Sud et le Japon au sujet de ce qui est convenu d’appeler les « femmes de réconfort ».

Historique et rappel des faits

Nombre d’historiens considèrent que jusqu’à 200 000 femmes, pour la plupart Coréennes mais aussi d’autres pays asiatiques, ont été enrôlées contre leur volonté dans les bordels de l’armée japonaise. Tout a commencé bien avant la Seconde Guerre mondiale. C’est en 1932 suite au massacre de Shanghai que l’on a vu apparaître les premières « maisons closes de guerre ». Ce fut le Général Okamura Yasuji qui eut cette idée afin de prévenir les viols en temps de guerre. Il y a eu aussi « Le Corps des femmes volontaires » qui fut une ruse de la part de certains policiers coréens pour attraper des jeunes femmes jusqu’en 1942. Le lien avec les maisons closes fut, néanmoins, rapidement découvert par la population.

Peu de Coréennes qui ont fait partie de ces maisons closes survécurent. Blessées autant physiquement que psychologiquement, il fut difficile pour la plupart d’entre elles de retrouver une vie normale. Certaines ont même dissimulé à leurs familles les événements passés afin de pouvoir retourner dans leur pays et être acceptées par la société. Plusieurs enquêtes ont été menées par différents chercheurs japonais qui ont confirmé l’existence de nombreuses « maisons de réconfort » et que les jeunes femmes étaient attirées par des promesses mensongères de travail. Dès 1982, un ancien soldat japonais du nom de Yoshida Seiji avait parlé lors d’une conférence d’enlèvements de femmes. A la suite de la confession de Mme Kim Hak Sun en 1991, qui avait fait part de son histoire à Tokyo, beaucoup d’autres parmi ces femmes se sont prononcées quant aux conditions et aux crimes dont elles ont été victimes.

Le Japon a longtemps dissimulé les faits. C’est avec les recherches du professeur Yoshimi Yoshiaki en 1992 que le gouvernement japonais a commencé à infléchir sa position. Au Japon, les historiens ont accentué leur pression sur les autorités. A l’unanimité, ils ont appelé en 2015 le Premier ministre Shinzo Abe à reconnaître la culpabilité japonaise dans l’exploitation des femmes asiatiques enrôlées de force dans les bordels de l’armée impériale. Ils ont exhorté le Premier ministre à reconnaître la responsabilité du Japon dans l’exploitation des « femmes de réconfort ». Dans le cadre du rapprochement entre le Japon et la Corée du Sud sur la question, un accord jugé alors historique a été signé en 2015.

La réévaluation de l’accord de 2015

Séoul a mis en exergue fin décembre les lacunes de l’accord conclu en 2015 avec Tokyo, ce qui pourrait relancer le contentieux entre les deux voisins. Beaucoup de Sud-Coréens voient encore aujourd’hui dans la question des « femmes de réconfort » la marque du Japon impérial de 1910 à 1945. Le 28 décembre 2015, la Corée du Sud et le Japon avaient conclu un accord « définitif et irréversible » où le Japon faisait part de ses « excuses sincères » et versait un milliard de yens (7,5 millions d’euros) de dédommagement à une fondation venant en aide aux rares « femmes de réconfort » sud-coréennes encore en vie. Début 2016, elles n’étaient plus que 46.

Cependant, cet accord, conclu par le gouvernement de l’ex-présidente Park Geun-Hye, avait été assez critiqué par l’opinion, et les victimes sud-coréennes, estimant que les nouvelles excuses japonaises n’étaient pas suffisantes. L’actuel président, Moon Jae-in, de tendance centre-gauche et en fonction depuis mai 2017, s’était engagé lors de sa campagne présidentielle à le réévaluer. L’équipe spéciale en charge de l’examiner a finalement rendu ses conclusions et déclaré que l’accord avait été conclu de manière très précipitée. La ministre sud-coréenne des Affaires étrangères, Kang Kyung-wha, a même présenté ses excuses au sujet de cet accord, le jugeant « blessant » pour les victimes. Après la publication de cette étude, la démission de cinq des huit administrateurs de la fondation créée à la suite de l’accord historique entre le Japon et la Corée du Sud pour apporter un soutien aux anciennes « femmes de réconfort », a été rendue publique, jetant ainsi le doute sur son avenir. Les activités de la fondation ne seront pas immédiatement affectées, car il faudra un certain temps avant que les démissions ne soient effectives. Il ne faut néanmoins pas négliger l’impact symbolique de ces démissions.

Aucun membre du gouvernement n’a été jusqu’à dire que leur pays dénoncerait l’accord et une éventuelle remise en cause par Séoul de celui-ci aurait des conséquences importantes sur sa relation avec le Japon, alors qu’ils font face conjointement à la menace nord-coréenne. Le Japon a appelé la Corée du Sud à respecter l’accord de 2015 en n’omettant pas de souligner que celui-ci avait été salué par la communauté internationale.

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