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Le bouleversement du marché énergétique durant les années 1970 : conséquences (3/3)

 

C’est donc la soudaineté de ce choc pétrolier, ajouté à un certain nombre d’autres facteurs, qui a propulsé bon nombre de pays occidentaux dans la crise.

C'est en Mer du Nord que le Royaume-Uni a massivement investi pour faire face à la montée des cours du brut... et pour en profiter!
C’est en Mer du Nord que le Royaume-Uni a massivement investi pour faire face à la montée des cours du brut… et pour en profiter!

En effet, l’Occident avait connu quasiment trois décennies consécutives sans aucun remous économique marquant. Concrètement, ce choc énergétique touche en premier lieu les industries qui se sont fortement développées au cours des Trente Glorieuses avec la transition du charbon vers les hydrocarbures, comme l’automobile ou la construction navale. La contraction de ces marchés, ajoutée à la crise monétaire sévissant en Occident touche au bout de quelques mois la majorité des secteurs. L’Occident entre en stagflation et dit adieu définitivement à sa dernière grande période de croissance.

Sur le plan énergétique, les réponses ne tardent pas. Pour contrer l’influence renforcée de l’OPEP, l’Agence Internationale de l’Energie que l’on peut qualifier de « cartel des consommateurs »est créée pour veiller au mieux à la gestion de la demande (importations, stocks, répartitions). L’AIE demeure toutefois affaiblie puisque la réponse des consommateurs est bien loin d’être concertée. En effet, et comme cela est souvent le cas en temps de crise, c’est aux pays eux-mêmes de rechercher des solutions nationales à ce choc pétrolier. Certains pays, comme le Royaume-Uni, investissent massivement pour surfer sur cette vague haussière des cours des hydrocarbures en développant leurs propres champs. D’autres, comme la France, réfléchissent à des alternatives énergétiques : c’est le début de l’ère nucléaire. Cette absence de concertation ne fait que prolonger la crise dans les pays consommateurs.

Crise réaffirmée à la fin de la décennie, non pas pour des raisons économiques (l’OPEP étant satisfaite des cours actuels) mais pour des motifs géopolitiques. En effet, le renversement idéologique en Iran, après sa Révolution islamique, provoque une brusque montée des cours, l’Iran étant à l’époque un des très grands pays producteurs de brut pétrolier et gazier : c’est le deuxième choc. Le déclenchement de la guerre avec l’Irak, autre grand producteur, début 1980 ne fait que renforcer la hausse des cours. L’heure est à la panique pour des pays encore affaiblis par la crise de 1973, qui pour la plupart subissent également un raffermissement du dollar, suite aux politiques de Paul Volcker et Ronald Reagan.

La décennie 1970 a donc marqué un tournant définitif dans le contexte énergétique mondial. D’une tout puissance du consommateur occidental, la situation a basculé durablement vers un rôle renforcé pour les producteurs d’hydrocarbures. Obligeant les consommateurs à initier de nouvelles politiques énergétiques, plus ou moins efficaces, mais encore poursuivies pour la plupart dans les pays où elles ont été menées.

 

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d'HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d'un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l'Association Les Yeux du Monde

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