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PSU et deuxième gauche (2/4)

 
Les Assemblées Ouvrières et Paysannes (AOP) se veulent le véritable outil institutionnel vecteur de pouvoir pour les travailleurs.
Les Assemblées Ouvrières et Paysannes (AOP) se veulent le véritable outil institutionnel vecteur de pouvoir pour les travailleurs.

Dès son lancement en 1960, le PSU se caractérise par une surreprésentation de classes éduquées et conséquemment, par sa dense activité intellectuelle (autour de « contre-plans » à ceux menés par de Gaulle) qui contraste avec sa faible base militante. Dans cette perspective, mai 68 constitue une rupture nette tant les discours et institutions du parti se tournent alors vers les populations syndiquées.

Avant mai 68, un parti réformiste qui peine à trouver son mode d’expression.

Dès sa naissance, le parti se veut résolument réformiste mais se place dans une perspective d’union de la gauche, rassemblée en un « Front socialiste », oeuvrant pour un « renouveau socialiste » où partis et syndicats travailleraient sur un pied d’égalité. Il y est question de démocratie socialiste et de réformes de structures du capitalisme pour donner corps à une gestion plus horizontale des champs politiques et économiques. Si l’on veut assurément rééquilibrer les rapports de force, le capitalisme et les institutions républicaines demeurent le cadre général de la vie politique : le renforcement des syndicats et comités d’entreprises, la planification démocratique par un secteur public, l’évocation de la création d’une « chambre des producteurs » – ancêtre idéologique du Conseil économique social et environnemental – sont des revendications fortes mais ne remettent pas en cause le système dans ses fondements.

Dès 1967 pourtant, le PSU tente d’élargir son assiette électorale et sa sphère d’influence sur la base de structures nouvelles. Le congrès du PSU de Paris en juin 1967 constitue le point de départ de cette dynamique nouvelle, à travers le choix majoritaire de l’autonomie face à la FGDS. En termes institutionnels, cela se traduit par le renouveau du concept de Commission Nationale Entreprise (CNE). Composée de quelques responsables syndicalistes CGT mais surtout CFDT, l’idée consiste à faire émerger à une échelle locale des « groupes d’entreprises », sorte de « brique » de base d’un maillage territorial que le PSU tente de développer. Concomitamment à l’extension territoriale, le but est de lisser au sein même des structures de production (entreprises, exploitations agricoles…) l’étanchéité politique/syndicats derrière la nouvelle logique de « front socialiste ».

Au début cependant, cette idée affronte une grande méfiance et très peu de groupes voient jour : ouvriers comme paysans y voient un projet très abstrait et font bien plus confiance aux syndicats en cas de conflit.

Mai 68, ouverture d’une séquence favorable sur laquelle construire son projet propre.

En revanche, suite aux événements du printemps, le discours change radicalement fin 1968, où il est affirmé que l’autogestion est clairement antagoniste au capitalisme et que les conditions de son avènement résident dans une crise à provoquer du « régime capitaliste ». Institutionnellement, cette réorientation résulte aussi de l’éviction progressive, dès 1967, des réformistes (Poperen, Martinet, Mendès…) au profit des mouvements étudiants, les Etudiants Socialistes Unifiés (ESU) notamment, qui derrière Jacques Sauvageot sont parmi les principaux animateurs de mai 1968.

Mai 1968 sonne en effet comme un changement de paradigme. Se voulant complémentaires de la vague étudiante, la CNE et la CFDT cherchent à mobiliser au sein des entreprises sur le thème de la remise en cause du pouvoir central : l’Etat autoritaire que les étudiants dénoncent est le même que celui garantissant la structure capitaliste de la société. Ce rapprochement plus ou moins orchestré entre causes étudiantes, paysannes (en Bretagne surtout) et ouvrières fragilise le traditionnel horizon syndicaliste, fondé sur des revendications salariales ou sur les conditions de travail, en le diluant dans le cadre d’une lutte plus générale contre le capitalisme d’Etat.

Un vécu des évènements pendant lequel, comme l’écrit Abraham Bénar, les « ouvriers du PSU comprennent par expérience ce que signifie un mouvement politique massif à l’intérieur de l’entreprise ». Ainsi, en terme de structures, cette convergence du PSU et la CFDT au cours de mai 68 fait sauter un verrou, rendant sinon évidente du moins crédible et légitime la formation de « groupes PSU» au sein des entreprises. Dans cette perspective, l’immédiat après 68 est considéré au sein du PSU comme une période cruciale de transition pour convertir de manière durable la dynamique impulsée en mai.

Le congrès de Dijon en mars 1969 reflète cet enjeu. Le PSU s’y inscrit pour la première fois dans une logique de construction d’un projet et d’un mouvement politique de masse, qui soit cependant distinct tant du parti communiste que de la SFIO.

Pour le PSU, le terme de « pouvoir ouvrier » est trop connoté communiste et léniniste et ne saurait correspondre à une réalité dans un cadre qui demeure capitaliste. Le PSU capitalise donc sur le concept de « contrôle ouvrier » : « mise en place du principe de l’assemblée comme lieu unique de décision des formes de luttes et d’élaboration des revendications ainsi que le lieu unique pour décider des formes à donner pour la poursuite du mouvement ». Dans l’immédiat, l’important est de ne pas brusquement minimiser le rôle des syndicats, qui demeurent principaux organes à s’opposer au patronat, la nation de « contrôle ouvrier » permet aisni de progressivement inoculer le principe démocratique au sein des entreprises.

Une démarche pourtant mal vécue par la CGT, FEN et FO, qui dénoncent un mélange des genres et une tentative d’ingérence du PSU au sein des affaires syndicales. La CFDT, plus en phase avec le PSU sur le plan des idées, est elle d’autant plus à l’aise que ce positionnement novateur permet à la jeune organisation qu’elle est (scission avec la CFTC en 1964) de gagner du terrain face à la CGT comme face à FO ou à la FEN issus des lendemains du second conflit mondial.

De plus des interrogations et lacunes demeurent. Stratégiques d’abord : comment toucher le secteur public et les PME, jusqu’ici peu sensibles aux idées du PSU ? comment concilier le contrôle ouvrier qui est essentiellement politique avec le syndicalisme ? Les syndicats qui discutent et négocient avec le patronat sur conditions de travaillent reconnaissent implicitement légitimité et « légalité » des structures en place, quand PSU cherche à les contester. Plus largement, sur le champ idéologique, quel renouveau théorique du socialisme pour accompagner ce mouvement, quid de la forme institutionnelle que doit prendre ?

Malgré ces difficultés, la translation va se faire progressivement avec les actions du PSU qui vont peu à peu sortir de la dichotomie syndicat/parti classique. Se met en place une logique où ce sont directement les ouvriers et paysans qui sont sollicités pour la rédaction de programmes d’action. Le parti innove à partir de l’inversion de la pratique établie, qui veut que les cadres fédéraux et nationaux élaborent les textes qui sont ensuite soumis aux discussions et vote des adhérents. Désormais, le parti privilégie l’expérience sur l’idéologie, ce qu’il formaliste en juin 1970, lors de son conseil national de Rouen, en précisant les définitions du contrôle ouvrier et en entérinant la création et l’organisation des Assemblées Ouvrières et Paysannes (AOP) qui visent in fine à changer le mode de désignation des délégués syndicaux, en remplaçant les listes établies par les centrales par des élections directes au sein des ateliers ou des chaînes de production sous le contrôle des mandants.

Cependant, après cet élan rénovateur, les contextes national et international, politique et économique subissent des changements durables. La fin des Trente glorieuses et l’émergence du chômage de masse vont conduire le PSU à adopter une logique plus défensive. Les événement du Joint Français et de LIP, dans le contexte de crise naissante après le premier choc pétrolier modifient le paysage politique et idéologique et du même coup la rhétorique du PSU. Celle-ci passe sur un mode bien plus défensif dans une logique de sauvegarde des emplois, du savoir-faire et du patrimoine que constituent les entreprises françaises.

About Benjamin MUSSET

est étudiant en affaires publiques à Sciences-po Paris, après une licence de géographie à Paris-Sorbonne (IV); rédacteur pour les Yeux du Monde depuis janvier 2014.

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