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Le système économique nazi (2/2)

 
Le char Panzer, une des plus éclatantes réussites de l’industrie nazie

La deuxième problématique majeure du système économique nazi est les réserves de change, les réserves du pays étant extrêmement faibles en 1934. La solution envisagée est autoritaire : toutes les sorties de capitaux sont interdites dès juin 1934, le régime tente par tout les moyens de récupérer l’or et les devises des particuliers allemands, et les créances étrangères en Allemagne sont bloquées et converties en « aski marks » ne pouvant être utilisés qu’en Allemagne. Ces mesures ne suffisent pas, notamment du fait du creusement du déficit commercial.  En effet, malgré les efforts nazis (limitation des importations aux produits indispensables à l’armement, accords de clearing pour éviter les paiements monétaires, rapprochement avec l’URSS, l’Italie, la Hongrie…), les besoins d’une politique de relance et de surarmement sont trop forts. D’où le développement d’ersatz pour pallier aux manques de ressources et l’exploitation de gisements non rentables (fer du Harz par exemple).

Tentons un bilan de cette politique économique au regard de ses trois objectifs (faire baisser le chômage, relancer l’industrie pour permettre la guerre, mettre en place un IIIe Reich autosuffisant).

La lutte contre le chômage est un immense succès (on passe de plus de 5 millions de chômeurs en 1932 à moins de 40 000 en 1939), du à la politique de grands travaux, au renforcement de l’industrie et également aux effectifs spectaculaires de l’armée, de la police et des permanents du NSDAP. Cela s’est fait au prix d’un recul du pouvoir d’achat des Allemands, permettant aux industriels de dégager de très confortables bénéfices.

Au niveau de la production industrielle (et donc de la constitution de l’appareil militaire), le succès est également au rendez vous : la production a plus que doublé entre 1934 et 1939, au détriment des industries de consommation. Mais ne nous leurrons pas, l’Allemagne partait de très loin : ainsi, en 1939, elle dispose de moins d’avions que la Grande-Bretagne et de moins de chars que la France !

Le grand échec, c’est l’autarcie. En 1939, l’Allemagne doit encore importer 20% de ses denrées alimentaires, la couteuse politique des ersatz échoue (le pays, en temps de paix, doit importer 70% de son fer, 60% de son pétrole et de son caoutchouc –pourtant essentiels pour les avions et les chars-, 50% de son coton etc.).

La conséquence du système économique nazi est donc catastrophique : c’est une fuite en avant. Pour pouvoir continuer sa politique, le IIIe Reich est condamné (au-delà de tout motif politique ou idéologique) à annexer le plus rapidement possible le plus de territoires possible pour procéder à leur pillage. Notons dans cette optique que, avant même d’attaquer le grand ennemi héréditaire, la France, Hitler a assuré sa main mise sur le fer suédois !

About Sylvain ZUBER

Sylvain Zuber est étudiant en dernière année à HEC Paris. Passionné d'histoire et de géopolitique, il est rédacteur pour Les Yeux du Monde depuis novembre 2011.

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2 comments

  1. Le prodigieux déficit de la balance commerciale du Reich n'a-t-il pas, de façon indirecte, été exploité par la propagande antisémite du régime Nazi ?

    Il serait en effet facile d'utiliser l'un des clichés habituel du "complot juif international", de l'accuser de tirer profit éhonté des besoins des besoins d'importation allemand et donc d'en faire sur ce sujet là comme sur d'autres un parfait bouc émissaire !

  2. Merci pour ce commentaire ElZed.

    C'est tout à fait exact. J'irais même plus loin en disant que ce fait a été exploité de manière tout à fait directe!

    En effet, le NSDAP et Hitler reprennent à leur compte (en lui donnant une teinte raciste et antisémite qu'elle n'avait pas du tout à l'origine) un concept avancé par Mussolini dans les années 1920: la distinction entre capital productif (comprendre industriel et agricole) et capital non productif (activités bancaires et de négoce).

    C'est fort de ce principe qu'Hitler se refuse à liquider le capitalisme allemand: pour lui, les grandes industries privées allemandes sont autant de preuves du "génie aryen". A contrario, les juifs sont accusés (entre bien d'autres choses) d'être responsables du déficit de la balance courante allemande, tant du fait de leur place (supposée) dans la finance (ils organiseraient la fuite des capitaux hors d'Allemagne) que dans le grand négoce (en organisant cette fois le déficit de la balance commerciale).

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