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Risques et réalités des armes biologiques (2/2)

 

Dans le précédent article, nous vous avons présenté l’histoire des armes biologiques ainsi que la législation encadrant leur usage. Cette semaine, Les Yeux du Monde s’intéresse plus précisément aux risques liés à une utilisation par un État, mais aussi par un groupe terroriste.

Est-ce qu’un État pourrait utiliser une arme biologique dans le cadre d’une guerre ?

Comme il a été mentionné dans l’article précédent, la Convention sur l’interdiction des armes biologiques (CABT) bannit l’utilisation, et la production, de ces armes. Toutefois, des écueils fragilisent le texte, notamment l’absence d’organisation dédiée uniquement au contrôle des États signataires. Malgré cela leur utilisation pouvant engendrer un risque de sanction internationale, les États sont récalcitrants à les utiliser volontairement.

Néanmoins, il est facile de dissimuler une production militaire, par une production civile. Il est également difficile d’estimer l’impact des avancées technologiques. La transgenèse pourrait notamment « améliorer » les agents biologiques, et les rendre encore plus virulents. Ces éléments font qu’il est compliqué de réaliser une évaluation précise des possibilités de production, et donc de prolifération, par un État.

Cependant, de nombreux doutes au sujet de l’efficacité des armes biologiques font d’elles un recours peu fiable. Même si elles sont moins coûteuses que les armes conventionnelles, chimiques ou nucléaires, leurs effets trop incertains. De plus, la production reste difficile. Stabiliser un agent, et le préserver jusqu’à ce qu’il puisse être utilisé est délicat. La plupart des agents biologiques sont des organismes vivants, habitués à un certain environnement, donc la moindre perturbation peut les fragiliser, voire les neutraliser complètement (trop fort taux d’humidité, luminosité, pollution…).

La livraison d’un agent biologique est aussi un point critique. Il existe trois moyens de dispersion pour les armes biologiques :

  • Munitions explosives ;
  • Munitions de pulvérisation;
  • Munitions de dispersion ;

Les munitions explosives ne sont pas efficaces car le souffle de l’explosion peut détruire l’agent biologique. Quant aux deux autres, bien que plus sûres, elles sont plus difficiles à mettre au point.

Existe-t-il un réel risque de bioterrorisme ?

Dans la culture populaire, le scénario du bioterrorisme rencontre toujours un franc succès. En réalité, de telles situations sont difficiles à obtenir. Par le passé, des groupes terroristes ont bien essayé de maîtriser les armes biologiques. En avril 1990, le groupe japonais Aum Shinrikyo a essayé d’organiser une attaque de grande envergure en répandant des toxines botuliques. L’opération s’est soldée par un échec. Après les attentats du 11 septembre, des enveloppes contenant des bacilles du charbon (Bacillus anthracis), ont été envoyés à différents médias américains et deux sénateurs.

Pour ce qui est de l’utilisation, les groupes terroristes sont donc confrontés aux mêmes barrières et doutes que les États – exceptée la législation internationale. Quant à la production, c’est une étape encore plus critique pour eux. En général, ils n’ont pas accès à des infrastructures de pointe, et n’ont pas toujours dans leurs rangs des experts biologistes. En outre, la mise au point d’un moyen de dispersion sophistiqué rajoute un obstacle. Ils peuvent par contre répandre un agent biologique en infectant un de leurs membres, ou lui faisant activer le dispositif sur le lieu de l’attaque. Cette stratégie pourrait être adoptée par les groupes terroristes qui favorisent les attentats suicides.

En somme, malgré les scénarios catastrophes proposés par Hollywood, le bioterrorisme ne semble pas être le plus grand risque planant au-dessus des États. Néanmoins, pour prévenir une telle possibilité, les gouvernements peuvent toujours accroître la sécurité des sites de production commerciale, ainsi que les lieux stratégiques par lesquels une contamination pourrait se faire (points d’eau, entrepôts de stockage de nourriture…).

About Sophie GUILLERMIN-GOLET

Étudiante à Sciences Po Bordeaux (Bordeaux International Relations Degree), passionnée par les questions géopolitiques.

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