Les guerres indo-pakistanaises: la guerre de 1947 (2/6)
L’invasion de l’état-princier du Jammu et Cachemire le 22 octobre 1947 par des tribus pachtounes soutenues par le Pakistan entraîne l’intervention de l’armée indienne, donnant naissance à la première guerre indo-pakistanaise.
Un contexte tendu
Les relations houleuses entre le parti du Congrès et la ligue musulmane, ainsi que les épisodes de violence entre communautés musulmane et hindoue lors des exodes de l’été 1947, fragilisent dès le départ les relations entre l’Inde et le Pakistan. Surtout, le traitement réservé en septembre 1947 par l’Inde à l’état princier du Junagadh dans le Penjab déclenche une première crise diplomatique avec son voisin : le nawab Mohammad Mahabat Khanji III, de confession musulmane, décide d’unifier son État au Pakistan, malgré sa population à plus de 80 % hindoue et l’absence de continuité territoriale entre le Junagadh et le Pakistan.
Le choix du nawab se heurte au refus de l’Inde, qu’elle justifie par l’omniprésence de l’hindouisme au sein de l’État princier. Pour faire plier Mohammad Mahabat Khanji III, le Premier ministre indien Nehru (1947-1964) décide de couper les approvisionnements en pétrole et charbon du Junagadh, avant de déployer l’armée à la frontière. Le Pakistan s’inquiète de ces agissements indiens, d’autant plus qu’un autre État princier, peuplé en très grande partie par des musulmans et accolé au Pakistan n’a toujours pas choisi quel pays rejoindre : le Jammu et Cachemire. La crainte de voir cet État, gouverné par un maharadjah hindou, rejoindre l’Inde, pousse alors le Pakistan, le 22 octobre 1947, à envahir l’État princier par l’intermédiaire de tribus musulmanes pachtounes dans lesquelles se fondent des soldats de l’armée pakistanaise.
Le déroulement de la guerre
Incapable d’enrayer la progression des quelques 10 000 soldats pachtounes et pakistanais, le souverain hindou Hari Singh 1er demande le renfort de l’armée indienne, en échange de l’intégration du Jammu et Cachemire à l’Inde. Le temps d’acter cet accord, les soldats pachtounes progressent dans l’État princier, au point de s’emparer de toutes les grandes villes indiennes situées le long de la frontière et d’investir la vallée du Poonch où ils assiègent les principales localités toujours aux mains de soldats fidèles à Hari Singh 1er.

Le 26 octobre, le Jammu et Cachemire intègre l’Inde. Le lendemain, l’armée indienne investit la vallée du Cachemire et repousse, lors de la bataille de Shalateng, les troupes pachtounes au-delà de Baramulla et Uri, deux villes précédemment conquises. Les troupes indiennes échouent toutefois à briser les sièges pakistanais en cours dans la vallée de Poonch. Une guerre de mouvement et de basse intensité s’ensuit les mois suivants, principalement dans la vallée du Cachemire, épicentre des combats.
Au printemps 1948, l’Inde lance une importante contre-attaque, l’Indian Spring Offensive, qui lui permet de récupérer le contrôle de Seran (opération Gulab) et de Gurais (opération Eraze) en juin, victoires qui lui permettent de prendre possession du nord du Cachemire et d’isoler une partie des troupes adverses. Les mois suivants, l’armée indienne commence à avoir l’avantage sur l’ensemble du front, mais le 1er janvier 1949, le Pakistan et l’Inde conviennent d’un cessez-le-feu sous l’égide des Nations Unies.
La partition du Jammu et Cachemire
L’accord prévoit un gel de la ligne de front, et le retrait des troupes pakistanaises du Jammu et Cachemire, tandis que l’Inde n’a le droit de conserver qu’une présence militaire minime. Un référendum doit aussi déterminer l’avenir de l’État princier, en appelant la population à choisir entre le Pakistan et l’Inde. Or, l’Inde qui contrôlait à la fin de la guerre les deux tiers du Jammu et Cachemire, ne souhaite pas organiser ce référendum, de crainte que la population, en grande partie musulmane, vote en faveur du Pakistan, et fait donc traîner son organisation.
Le 27 juillet 1949, les accords de Karachi consolident la suspension des hostilités datant du 1er janvier, grâce à la mise en place d’un cessez-le-feu et en déléguant à l’Organisation des Nations Unies (ONU) la supervision et la surveillance de la ligne de front. Au total, la guerre indo-pakistanaise de 1947-1948 coûte la vie à plus de 1 100 soldats indiens et 6 000 soldats pakistanais. Le référendum prévu dans les clauses du cessez-le-feu n’a jamais lieu, et chacun des deux États conserve ses prises territoriales : un tiers du Jammu et Cachemire pour le Pakistan, et les deux tiers restants pour l’Inde.


