Mali : Présentation des groupes terroristes (1/2) - Les Yeux du Monde

Mali : Présentation des groupes terroristes (1/2)

L’augmentation des tensions au Mali et l’activité croissante des groupes djihadistes semblent indiquer un maintien prolongé des forces internationales dans le pays. Aux difficultés politiques s’ajoutent les rapports ethniques complexes et les problèmes d’identification des différents groupes djihadistes qui sévissent dans le pays. Face à une certaine illisibilité, il convient de présenter brièvement ces entités.

Les Groupes Armés Terroristes (GAT) sont très actifs au Mali
Les Groupes Armés Terroristes (GAT) sont très actifs au Mali

En mars 2017, différentes organisations djihadistes officialisent leur coopération en présentant une nébuleuse terroriste au Mali : Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen. Nous la connaissons sous le nom de Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI).

Cinq groupes distincts sont actuellement membres de cette coopération djihadiste au Mali.

Al-Qaïda au Sahel : force Sud d’AQMI au Mali

Numéro deux du GSIM, Yahia Abou el Hammam dirigeait cette filiale Sud d’AQMI. Le chef djihadiste d’origine algérienne est toutefois mort, tué par la force Barkhane près de Tombouctou en février 2019. Son successeur semble pour l’instant inconnu.

Al-Qaïda au Sahel regroupe plusieurs katibas (brigades de combat) autonomes. Il en existe entre quatre et cinq en raison de changement d’allégeance de certains combattants. Trois brigades servent Abou el Hammam de manière certaines : les katiba Tarik Ibn ZiyadYoussef Ibn Tachfin et Al Furqan. Cette dernière est très affaiblie par les interventions de la force Barkhane au Nord de Tombouctou en avril 2019. L’incertitude plane cependant sur la présence de la katiba Al-Ansar dans les rangs d’Al-Qaïda au Sahel. Cette brigade pourrait avoir rallié Ansar-Dine.

Al-Mourabitoune de Mokhtar Belmokhtar

Le groupe est né d’une fusion entre le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) de Abderrahmane Ould el-Amar et la katiba des Enturbannés de Mohktar Belmokhtar en 2014. Al-Mourabitoune naît ainsi, en référence à la dynastie des Almoravides qui régna sur le Sahara durant un siècle.

Mokhtar Belmokhtar est l’émir officiel du groupe djihadiste depuis la mort d’Ould el-Amar, en 2014. Il a choisi de rallier AQMI en 2015, organisation qu’il avait quitté en décembre 2012. Ce chef terroriste au Sahel est connu pour la prise d’otage du complexe gazier algérien d’In Amenas en janvier 2013. Actuellement, Belmokhtar se trouverait, selon certaines rumeurs, en Lybie. Il n’y a néanmoins pas de lien de vassalité apparent entre Al Qaïda au Sahel et Al-Mourabitoune, Belmokhtar étant un des favoris en cas de succession du leader d’AQMIAbdelmalek Droukdel. L’émir serait décédé en Libye, tué par une frappe américaine en 2016. Sa mort n’est pour le moment pas officiellement confirmée par Al-Qaïda.

Un djihadisme touareg malien : Ansar Dine

Ansar Dine est le troisième groupe djihadiste membre du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans. Ses combattants sont majoritairement touaregs. Iyad Ag Ghali dirige les « défenseurs de la foi » (signification d’Ansar Dine). De plus, il est le chef du GSIM. L’objectif de son groupe d’origine est simple, prônant l’instauration de la charia au Mali. L’émir de la katiba se fait néanmoins connaître pour la destruction des mausolées de Tombouctou en été 2012. Ses forces seraient très actives dans le Nord-Mali, en plein Azawad, une zone désertique recouvrant des zones saharienne et sahélienne.

La mystérieuse brigade Serma

Si cette organisation terroriste agit discrètement, elle affronte cependant la force Barkhane en janvier 2019. Cette katiba trouve son origine dans la forêt de Serma au centre du pays, au Sud de Boni. Le groupe armé salafiste djihadiste, fondé en 2012, est composé majoritairement de peuls. En revanche, son chef actuel n’est pas connu.

Le Front de Libération du Macina (FLM) : la katiba la plus active de l’entente djihadiste au Mali

Le FLM, ou Katiba Macina, est un groupe djihadiste très actif dans la région de Mopti. Ses membres revendiquent la création d’une République Islamique du Macina, ancien empire islamique qui existait dans les régions du centre du Mali. Son fondateur se nomme Amadou Koufa, prêcheur peul (ethnie d’agriculteur d’Afrique de l’Ouest). Ancien membre d’Ansar Dine, il fonde la brigade actuelle en 2015. Amadou Koufa serait mort après un raid franco-malien en novembre 2018, information cependant démentie par le FLM.

Le FLM est très actif au Mali et dans le nord du Burkina Faso. Il serait impliqué dans l’enlèvement de deux touristes français dans le nord du Bénin en mai 2019. La cellule à l’origine du kidnapping devait en effet remettre les otages au Front de libération du Macina, au Mali. Les forces spéciales françaises ont mené l’assaut afin d’empêcher le transfert des otages aux djihadistes maliens. Si la libération des otages fut un succès, deux commandos perdirent la vie.

Le Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans est donc une véritable nébuleuse djihadiste. Tentaculaire, elle est très active et engendre de nombreux risques sécuritaires au Mali.

Sources :

-“Qu’est-ce que la Katiba Macina, ce groupe terroriste impliqué dans la prise d’otage des Français ?”, LCI, 12 mai 2019, (https://www.lci.fr/terrorisme/video-burkina-faso-qu-est-ce-que-la-katiba-macina-ce-groupe-terroriste-implique-dans-la-prise-d-otages-des-francais-2120906.html)

-“Mali : Pour Paris, il est désormais “vraisemblable” que le chef djihadiste Amadou Kouffa soit encore vivant.”, OPEX 360, 12 mars 2019, (http://www.opex360.com/2019/03/12/mali-pour-paris-il-est-desormais-vraisemblable-que-le-chef-jihadiste-amadou-koufa-soit-encore-vivant/)

-“AQMI et Al-Mourabitoun : la djihad sahélien réunifié ?”, IFRI, Janvier 2017, (https://www.ifri.org/fr/publications/notes-de-lifri/notes-de-lifri/aqmi-al-mourabitoun-djihad-sahelien-reunifie)

About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant en Master II de Grenoble Ecole de Management. Il s'intéresse particulièrement aux questions de Défense et de gestion de crise dans les relations internationales.

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