Brésil : une ambition pétrolière contrariée - Les Yeux du Monde

Brésil : une ambition pétrolière contrariée

Le 6 novembre dernier, se tenait la dernière mise en vente des droits d’exploration et d’exploitation de l’immense bassin pétrolier du Santos au Brésil. Situé au large de Rio sous une épaisse couche de sel, ce bassin pourrait détenir, d’après les estimations, entre 40 et 100 milliards de barils de pétrole brut récupérable. Si de tels chiffres s’avéreraient exactes, ce bassin ferait du Brésil un acteur majeur sur la scène pétrolière mondiale. Le pays serait en passe de devenir le quatrième producteur mondial de brut. Commandant déjà plus de réserves que la Norvège ou le Mexique, il dépasserait alors des pays comme l’Iran ou l’Irak. Pourtant, la mise en vente du 6 novembre fut globalement une déception pour le gouvernement brésilien. Comment expliquer cet échec ? Quel en sera l’impact sur les ambitions pétrolières du Brésil ?

Un enjeu énergétique et financier considérable pour Brasilia

L’exploitation du bassin du Santos est censé faire du Brésil le quatrième producteur de pétrole brut dans le monde.
Les réserves offshores au large de Rio font potentiellement du Brésil le quatrième producteur mondial de pétrole.

En mettant en place la plus grande mise en vente de droits pétroliers depuis l’Irak en 2009, le gouvernement brésilien espérait atteindre au moins trois objectifs. Premièrement, la mise en vente devait renforcer la société Petrobras qui connaît depuis l’affaire « Lava Jato » une crise financière considérable. Détentrice d’un droit préférentiel de 30 % sur l’ensemble du bassin, la compagnie brésilienne peut ainsi voir sa capacité de production presque doubler d’ici à 2030.

De plus, la vente des droits d’exploitation pouvait engendrer des rentrées financières non négligeables pour un État brésilien plombé par des déficits publics chroniques. Si l’ensemble des droits avait été vendu, c’est ainsi près de 25 milliards de dollars qui seraient rentrés dans les caisses de l’État.

Enfin, Brasilia comptait sur les investissements étrangers afin de stimuler la production du bassin, produisant d’ici à 2030 près d’1,4 million de barils par jour. Ajoutée aux puits existants, la production du bassin du Santos permettrait au Brésil de pouvoir exporter près de 5 millions de barils par jour faisant du pays le quatrième producteur mondial de brut.

La déception du 6 novembre

Aux vues des ambitions affichées, la mise en vente du 6 novembre peut être considérée comme un échec. Seuls deux des quatre champs du bassin disponibles (Buzios et Itapu) ont trouvé preneurs. Le gouvernement brésilien n’a levé en tout que 17,5 milliards de dollars, soit 66 % du résultat escompté. Ce chiffre est d’ailleurs surestimé. En effet, le gouvernement s’était accordé à verser environ 9 milliards de dollars à Petrobras dans le cadre d’un litige financier remontant aux gouvernements Lula-Rousseff. Au total, les recettes financières de l’État n’ont été que de 8,5 milliards de dollars, bien loin des ambitions affichées.

En matière de production potentielle, les résultats ne sont guère plus favorables. Avec deux champs (Atapu et Sepia) qui n’ont pas trouvé d’acheteurs, le Brésil se voit amputer pour l’instant de près de 200 millions de barils de réserves potentielles selon le cabinet Wood Mackenzie. De quoi sérieusement revoir à la baisse les ambitions brésiliennes.

Une ambition pétrolière insoutenable ?

L’échec du 6 novembre dernier est imputable à un certain nombre d’éléments qui ont considérablement réduit l’attractivité de l’offre brésilienne. D’une part, les droits préférentiels accordés à Petrobras (droit d’accès privilégié, compensations financières, etc.) ont fait fuir les investisseurs étrangers. D’autre part, les coûts d’exploitation sont particulièrement élevés. Cela s’explique par la nature complexe du bassin offshore du Santos situé à 2 000 mètres de profondeur sous une épaisse couche de sel. Avec un coût estimé à 135 milliards de dollars sur 10 ans, les grandes compagnies internationales ont préféré ne pas investir et ce dans un contexte de prix bas du baril (65 $).

Finalement, seule Petrobras et deux compagnies chinoises (CNODC et CNOOC) ont répondu à l’appel d’offres. Encore, cette participation étrangère est largement symbolique car elle ne concerne que 10 % du seul champ de Buzios. Petrobras se retrouve ainsi seule à devoir supporter les coûts d’exploitation et ce en pleine période de restructuration pour l’entreprise.

Au-delà de la simple question financière, il faut s’interroger sur la pertinence de la stratégie énergétique brésilienne. Après tout, le gouvernement brésilien mise sur l’exploitation d’une ressource coûteuse et difficile d’accès. De plus, la compétitivité du bassin n’est absolument pas garantie à long-terme. La diminution de la consommation chinoise de brut prévue en 2030 selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et la baisse régulière des coûts des énergies renouvelables rendent en effet les perspectives pétrolières du Brésil beaucoup moins prometteuses qu’elles ne l’étaient jusqu’alors. Dans ce contexte, on peut se demander si le Brésil n’a pas au fond surestimé l’importance de son potentiel pétrolier dans un contexte de crise profonde du marché de « l’or noir ».

Sources

Claudio Steuer, « Brazil upstream bid rounds – evolve to grow. Brazil to become a top 5 oil producer by 2030 ? », The Oxford Institute for energy studies, décembre 2019.

Wood Mackenzie, « Brazil’s pre-salt coverage overview », 28 novembre 2019.

Manuela Andreoni et Ernesto Londoño, « Brazil Had High Hopes for Its Big Oil Auction. They Went Bust », The New-York Times, 6 novembre 2019.

About Quentin PARES

Quentin Pares est diplômé d’un Master 2 de Grenoble Ecole de Management (GEM) et est étudiant à l’IRIS. Il est spécialisé dans les questions énergétiques et d'économie internationale.

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