La répression des Ouïghours en Chine

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En 2019, le New York Time diffuse plus de 400 documents officiels chinois. Ils attestent de l’existence des camps de concentration modernes où sont détenus une partie de la communauté des Ouïghours. Ce non-respect des droits de l’homme est perçu, par certains chercheurs, comme un génocide.

La communauté des Ouïghours en Chine 

Les femmes Ouïghours montrant des photos de leur proches incarcérés dans les camps de rééducations chinois.
Des femmes Ouïghours montrant des photos de leur proches incarcérés.
Source : Amnesty International.

Le peuple des Ouïghours est l’une des 56 ethnies qui composent la République populaire de Chine. Il s’agit d’un peuple musulman sunnite turcophone principalement regroupée dans la province du Xinjiang, située au nord-ouest du pays. Ancienne communauté nomade qui s’est sédentarisée dans cette région chinoise, ils sont aujourd’hui environ 11 millions à y vivre. Les Ouïghours se différencient ethniquement et culturellement des Hans, ethnie majoritaire en Chine (92% de la population).

 

Une répression de la communauté sous l’excuse de la lutte contre le terrorisme

À la suite des attentats du 11 septembre 2001 et dans la logique de la guerre contre le terrorisme lancée par les États-Unis, la République populaire de Chine développe une politique de lutte contre le djihadisme et la radicalisation islamique. La répression dans la région de Xinjiang fait suite à l’arrivée au pouvoir en 2012 du secrétaire général du Parti communiste chinois, Xi Jinping. La Chine lutte contre le terrorisme depuis le début des années 2000 mais cette politique a été renforcée après des attentats dans le pays en 2013. Les Ouïghours, sont visés par cette initiative.

Un rapport publié en 2018 Human Right Watch souligne l’intensification des répressions contre la communauté. Selon l’ONG, la Chine a mis en place des camps de « rééducation » où plus d’un million de Ouïghours sont incarcérés. Il s’agit de camps d’internement de masse où les détenus subissent des sanctions et de la torture. Cette agressivité, dont il est question, par les autorités contre la communauté vise à éradiquer la culture ouïghoure. Depuis 2017, suite à l’adoption d’un « règlement relatif à la lutte contre l’extrémisme » par le gouvernement régional, les démonstrations publiques d’appartenance à la religion ou à la culture islamique et à la culture ouïghoure peuvent être considérées comme de l’extrémisme et donc réprimandable. Le terme « génocide » a largement été employé par les chercheurs ces derniers mois, la politique chinoise serait menée pour réduire démographiquement la communauté.

Dans une étude publiée fin juin 2020 par la Jamestown Foundation sur la stérilisation forcée des femmes ouïghoures, le chercheur allemand Adrien Zenz se base sur des données secrètes du gouvernement chinois ayant fuité et dénonce un contrôle drastique des naissances dans la communauté. Les femmes ouïghoures sont contraintes de se faire stériliser par différents moyens (pose forcée de stérilet, ligature des trompes etc.) sous peine d’être envoyées dans les camps. Pour rappel, selon la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide des Nations Unies de 1948, l’entrave aux naissances est l’un des critères qui définit un génocide démographique.

Une réponse de la communauté internationale ambiguë

La prise de conscience internationale fut longue. Malgré les dénonciations depuis plusieurs années par plusieurs ONG et l’ONU, la communauté internationale s’est montrée réservée sur toutes accusations. C’est seulement en 2019 qu’une vingtaine de pays membre de l’ONU ont demandé à la Chine de suspendre cette politique, sans succès. Deux raisons principales expliquent cette ambivalence.

D’une part, la Chine nie toutes accusations ainsi que l’existence des camps de rééducation où sont envoyés les Ouïghours. D’ailleurs, afin de justifier les mesures punitives et restrictives des libertés prisent dans la région, Pékin affirme sa légitimité à lutter contre le terrorisme du fait de la position stratégique qu’occupe la région de Xinjiang. Région frontalière avec huit pays et donc qui détient une place majeure dans le projet des « nouvelles routes de la soie ».

D’autre part, les États de la communauté internationale s’abstiennent d’attaquer frontalement la Chine sur des sujets sensibles tels que celui-ci. Du fait de l’importance économique de la Chine, il serait désavantageux pour la plupart des États de dénoncer la politique intérieure du pays. Récemment, certains pays européens tels que la France, l’Allemagne ou la Belgique, ont dénoncé les pratiques inacceptables de Pékin envers la communauté des Ouïghours. Les pays européens ont condamné publiquement la politique de la Chine mais aucune sanction n’a été mise en œuvre. Seules les ONG et les associations non institutionnelles semblent être à même de dénoncer le non-respect des droits de l’homme et des droits des minorités par la République populaire de Chine.

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Garance GUILLEMOT

Je suis diplomée du Master 2 Global and European Relations option International Security Policy de l’European School of Political and Social Sciences. Je m'intéresse particulièrement aux problématiques internationales de paix, de sécurité et de défense.

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