Référendum en République serbe de Bosnie: prologue d’une déstabilisation annoncée de la Bosnie-Herzégovine ?

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Les Serbes de Bosnie étaient appelés à voter dimanche 25 septembre à l’occasion d’un référendum organisé pour approuver la date du 9 janvier comme le jour de fête de la République serbe de Bosnie (Republika Srpska). Maintenue malgré de multiples contestations, cette consultation ne fait pas les affaires de la Bosnie-Herzégovine, déjà en proie à de vives tensions internes héritées des guerres en ex-Yougoslavie.

Un référendum contesté aux allures de plébiscite pour le leader de la République serbe de Bosnie

Milorad Dodik est à la tête de la Republika Srpska depuis 2010 (source: www.novosti.rs)  

Sans surprise, les électeurs de la République serbe de Bosnie, qui est l’une des deux entités institutionnelles[1] constitutives du pays, avec la Fédération de Bosnie-Herzégovine (Federacija Bosne i Hercegovine), se sont exprimés à une écrasante majorité en faveur du maintien de leur « fête nationale », le 9 janvier. Pourtant, c’est contre l’avis de la Cour constitutionnelle bosnienne, qui avait jugé que la célébration de cette fête « nationale » était contraire à la constitution car discriminatoire pour les peuples non-serbes, que l’Assemblée nationale de la République serbe de Bosnie a décidé le 15 juillet dernier d’organiser ce référendum.

Ce choix avait alors provoqué de multiples contestations, puisque les autorités de l’Union européenne, des Etats-Unis mais aussi de la Serbie s’étaient opposées à la tenue d’une telle consultation. Par le biais d’un message commun, le Premier ministre serbe Aleksandar Vučić et le président Tomislav Nikolić avaient officiellement affirmé qu’ils ne soutiendraient pas la tenue de ce vote, et ce malgré l’appui tacite de la Russie au leader de la Republika Srpska, Milorad Dodik. Finalement, les résultats de ce référendum suffisent à lui donner des allures de plébiscite. De leur côté, les autorités de la Présidence collégiale représentative, à la tête de l’Etat de Bosnie-Herzégovine et emmenées par Bakir Izetbegović, craignent que cette consultation ne soit que le début d’un processus qui mènera la Republika Srpska vers son indépendance.
Déjà fragilisée par de vives tensions internes entre les communautés croates, bosniaques et serbes, la Bosnie-Herzégovine ne sortira probablement pas renforcée de ce vote.

Un mal plus profond : le douloureux héritage des guerres en ex-Yougoslavie

Les guerres de l’ex-Yougoslavie tiennent de nos jours une place importante dans la définition de la mémoire des Balkans et la manière dont en sont commémorées les diverses phases dans les différents pays de la zone constitue toujours un risque de rechute pouvant aller à l’encontre des efforts de réconciliation. Au-delà de la problématique de cette fête nationale, ce référendum pose problème car la date du 9 janvier est celle de la fondation de la République serbe de Bosnie, dont l’un des membres fondateurs n’est autre que Radovan Karadžić. Ce dernier a été reconnu coupable de dix des onze accusations de crime comme l’humanité par le TPIY pour son implication dans le massacre de Srebrenica en juillet 1995. Il a été condamné en mars 2016 à 40 ans de prison par ce même tribunal.

Les évènements inhérents aux guerres en ex-Yougoslavie sont autant de points de discordes qui cristallisent les positions de chacun et rendent parfois difficile l’apaisement diplomatique entre les États de la région. Et dans ce cas, entre entités d’un même Etat. L’année dernière, à l’issue du 5ème Congrès  de l’Alliance des sociaux-démocrates indépendants (SNSD), Milorad Dodik avait déjà annoncé la possibilité d’organiser un référendum d’indépendance à horizon 2018.

[1] Cette organisation institutionnelle de la Bosnie-Herzégovine est issue des Accords de Dayton,  signés le 14 décembre 1995 à Paris entre les parties serbe, croate et bosniaque pour mettre fin à la guerre qui sévissait en Bosnie-Herzégovine.

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