Roumanie, le nouveau gouvernement poursuivra-t-il la politique d'intégration européenne ? - Les Yeux du Monde

Roumanie, le nouveau gouvernement poursuivra-t-il la politique d’intégration européenne ?

Quelle politique européenne poursuivra le nouveau gouvernement en Roumanie ?

En nommant , un premier ministre social-démocrate inconnu du grand publics, le président libéral, Klaus Iohannis évite à son pays une crise politique. Mais quelle orientation politique prendra le nouveau gouvernement à l’égard de l’Union Européenne ?

Après avoir remporté les élections législatives du 11 décembre dernier, la coalition regroupant les sociaux-démocrates du PSD et l’Alliance des libéraux et des démocrates (ALDE) a soumis le nom de Sorin Grindeanu à l’approbation du président Klaus Iohannis pour le poste de premier ministre. Mais Sorin Grindeanu, 43 ans et informaticien de formation, n’est en réalité que le second choix du PSD après la candidature de Sevil Shhaideh refusée par le président. Ce refus non-motivé a suscité l’ire du PSD. Issue de la minorité turque du pays, Sevil Shhaideh aurait pu devenir la première musulmane chef de l’exécutif de l’Union Européenne. Mais pour les médias roumains, la proximité de l’époux de Mme Shhaideh, un ancien haut fonctionnaire du ministère syrien de l’agriculture, avec le régime de Bachal Al-Assad ainsi qu’avec le Hezbollah libanais apparaît comme la principale raison de ce refus. L’enjeu est de taille dans ce pays membre de l’OTAN depuis 2004, où les Etats-Unis construisent actuellement un bouclier antimissile considéré comme « une menace pour la sécurité de la Russie » par le Kremlin. C’est donc une nouvelle période de cohabitation incertaine qui s’ouvre entre un chef d’état libéral et la gauche roumaine.

Désigné pour quatre ans, Sorin Grindeanu, ancien ministre des télécommunications, va maintenant demander le vote d’investiture du Parlement sur son programme et sur la liste du nouveau gouvernement. Dépeint par les médias comme un « soldat discipliné », l’homme est décrit comme très proche et “dans une relation de subordination” par rapport au leader du PSD, Liviu Dragnea, condamné à deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale et donc dans l’incapacité juridique de se représenter. Le PSD, qui rassemble notamment les anciens communistes du pays, signe donc son grand retour en force dans l’arène politique roumaine, un an après de gigantesques manifestations qui avaient forcé le parti à quitter le pouvoir après l’incendie d’une discothèque qui avait causé plus de 60 morts. L’établissement avait en effet versé de nombreux pots de vin afin de s’affranchir des normes de sécurité. Mais ces dernières élections furent marquées par une très forte abstention, sur fond de discrédit des responsables politiques visés par de nombreuses enquêtes judiciaires menées par le parquet anticorruption roumain, le Departament naţional anticorupţie, DNA.

Dans un pays où un septième des 20 millions d’habitants ont émigré ces dernières années, le programme du PSD qui prévoit hausses des salaires et des retraites, baisses des contributions sociales et suppressions de taxes a su séduire l’électorat. Même si ces mesures seront difficiles à mettre en œuvre d’un point de vue budgétaire. Le pays reste en effet le deuxième le plus pauvre de l’Union Européenne, malgré des prévisions de croissance à 5,2% pour 2016.

Quelles seront les conséquences du retour au pouvoir du PSD pour les relations entre la Roumanie et l’Union Européenne ?

Après la chute du Parti Social Démocrate, un nouveau gouvernement constitué de technocrates avait dirigé le pays de 2015 à aujourd’hui. Le premier ministre Dacian Ciolos avait notamment travaillé en faveur de l’intégration des Roms et avait annoncé un plan visant à sortir 580 000 roumains de la pauvreté d’ici 2020, réchauffant ainsi les relations historiques entre la Roumanie et ses homologues ouest-européens. Ancien commissaire européen, il avait souhaité rompre avec l’image d’une Roumanie corrompue en nommant un gouvernement uniquement composé d’indépendants Ces mesures avaient été saluées unanimement par la Commission Européenne et les autres états membres. En outre, les positions de Bucarest dans la gestion de la crise des réfugiés ainsi qu’au sujet du projet de corps de garde-frontière européens, qui pourraient être mobilisé aux frontières de l’Union Européenne sans le consentement de l’État membre, symbolisent une volonté politique forte de jouer un rôle clé au sein de l’Union Européenne.

Difficile cependant de ne pas imaginer le fléau de la corruption refaire surface. D’autant que les réticences franco-allemandes à intégrer la Roumanie à un espace Schengen de plus en plus remis en cause n’inciteront pas le nouveau gouvernement à poursuivre les efforts de modernisation et de développement de leurs prédécesseurs. Malgré ces problèmes, l’inquiétude quant à la politique pan-orthodoxe de Moscou, ainsi que la présence de troupes russes en Crimée, a à peine 250 kilomètres des côtes roumaines de la mer Noire contribuent à maintenir le tropisme atlantique roumain. De surcroît, l’absence de mouvement pro-russe audible dans le pays renforce la crédibilité de Bucarest en tant qu’élément clé dans une région stratégique à tous points de vue.

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