Syrie : la position russe et ses conséquences sur le Moyen-Orient (1/2) - Les Yeux du Monde

Syrie : la position russe et ses conséquences sur le Moyen-Orient (1/2)

Depuis le 30 septembre dernier, la Russie est engagée militairement dans le conflit syrien. Les premiers bombardements de l’aviation russe ont donné naissance à nombre de polémiques, la Russie étant soupçonnée de viser non seulement des territoires et infrastructures contrôlées par l’Organisation de l’Etat Islamique, mais également des centres de résistance attribués aux rebelles « modérés » qui combattent le régime de Damas. Cette intervention russe au Moyen-Orient est la première depuis l’invasion soviétique de l’Afghanistan, dans les années 1980.

Les bombardements russes en Syrie ont débuté le 30 septembre dernier
Les bombardements russes en Syrie ont débuté le 30 septembre dernier

L’appui aérien russe avait été sollicité par le gouvernement Assad, qui reconnaissait dès le mois de juillet, ne plus être en mesure d’endiguer la progression des rebelles. Partant, M. Poutine affirmait le 28 septembre dernier lors de son discours devant l’Assemblée Générale des Nations Unies l’ambition russe de soutenir le régime face à « la menace terroriste mondiale ». Confondant méthodiquement l’ensemble des forces opposées, en Syrie, au régime de Damas sous la houlette de « terroristes », M. Poutine matérialise dans ce discours l’intime relation nouant les deux pays depuis les années 1950. Dernier grand allié de Bachar el-Assad, la Russie participe depuis de longues années, via ses forces spéciales Spetsnaz, à la formation des militaires du régime syrien. A l’appui logistique s’ajoute donc aujourd’hui un appui militaire conséquent : la Russie a d’ores et déjà apporté à la Syrie la puissance de feu de ses avions Su-25, connus lors du conflit afghan pour leur robustesse et leur longévité.

Vladimir Poutine a sa place en fin stratège :

L’intervention russe en Syrie constitue à bien des égards un tour de force diplomatique de la part du chef du Kremlin. Patiemment, Vladimir Poutine a continué d’entretenir une étroite collaboration avec le régime syrien, lorsque la coalition internationale s’employait à financer, équiper et former une rébellion extrêmement versatile. Longtemps idéalisée, la chimère d’une rébellion « modérée » n’existe plus. M. Poutine aime à cette occasion railler l’hypocrisie occidentale qui prétend, selon ses dires, trouver une solution grâce au soutien de « terroristes modérés ». En outre, il est extrêmement difficile aujourd’hui d’identifier s’il reste, parmi le peu de combattants de l’Armée Syrienne Libre(1) , de réels opposants au régime n’ayant pas rejoint les rangs de l’Organisation de l’Etat Islamique ou d’Al Nosra(2). Par son pragmatisme, l’intervention russe est en fait largement saluée, notamment par le Vénézuela ou encore l’Egypte, qui s’était jusqu’à présent tenue au soutien de l’Arabie Saoudite, fermement attachée au départ de Bachar el-Assad.

Dénonçant les bombardements russes visant des zones non contrôlées par l’Organisation de l’Etat Islamique, les Etats-Unis n’envisagent pas moins une éventuelle collaboration avec la Russie sur le dossier syrien. Si, dans le discours, la coalition internationale s’oppose à une solution dont Bachar el-Assad ferait partie, il apparaît de plus en plus évident qu’aucune solution durable ne saurait être trouvée dans la rébellion syrienne, beaucoup trop désunie pour apporter une stabilité à la Syrie.

Il est bien trop tôt pour déterminer si le gouvernement Assad sortira vainqueur à long terme de cette prise de position russe. En tout état de cause, l’entrée en jeu de la Russie, aux côtés de la Syrie, annonce le début d’une vaste partie d’échecs, à la fois entre les puissance étasunienne et russe, mais également entre leaders régionaux (Iran, Arabie Saoudite, Israël, Turquie…) désireux de saisir la balle au bond. Ce second point sera développé dans un prochain article.

 

(1) Historiquement l’un des premiers mouvements d’opposition à Damas, soutenu par la coalition occidentale.

(2) Branche d’Al-Qaïda officiant en Syrie et dans certaines régions du Liban. Aujourd’hui considérée comme concurrente de l’Organisation de l’Etat Islamique, elle n’en reste pas moins extrêmement sulfureuse et ne peut s’apparenter à un soutien dans la recherche de solutions durables au cas syrien.

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