Intensification de la « guerre contre le terrorisme » au Nigéria

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Le président du Nigéria, Jonathan Goodluck, a renforcé les pouvoirs d’intervention et les effectifs des troupes fédérales présentes dans le Nord du pays afin de lutter plus efficacement contre les mouvements islamistes actifs dans la région.

Le Nigéria est de loin le plus grand pays d’Afrique avec plus de 170 millions d’habitants. Son PIB, porté par le pétrole du delta du Niger, se place juste derrière celui de l’Afrique du Sud.

La question religieuse est un véritable serpent de mer dans le pays, car à la profonde diversité ethnique de cette fédération (36 Etats jouissant d’une large autonomie) se superpose un conflit irrésolu depuis 50 ans entre les populations musulmanes, majoritairement présentes dans les Etats du nord, et les chrétiens, majoritaires au sud. Ajoutez à cela une profonde inégalité dans la répartition des ressources naturelles entre les régions (et donc de forts écarts de richesse) et vous obtenez un cocktail particulièrement explosif.

Le conflit religieux a profondément changé de forme à partir des années 2000 avec le renforcement et le gain de visibilité des organisations terroristes islamistes. En effet, des groupes visant à l’application stricte d’une charria rigoriste ont fleuri dans le nord, le plus célèbre d’entre eux étant la secte Boko Haram (littéralement, « l’éducation occidentale est un péché), fondée en 2002 par Mohamed Yusuf.

Dans leur opposition aux Etats chrétiens du Sud, et dans une optique politicienne et populiste, les autorités du Nord ont été amenées au début des années 2000 à soutenir (parfois même officiellement) ces mouvements islamistes, déjà violents mais pas encore terroristes. Attitude qu’ils ont profondément regrettée quand les dits groupes, une fois suffisamment puissants, se sont retournés contre les autorités, entrainant une sanglante spirale attentat/répression.

C’est dans ce cadre qu’intervient l’armée fédérale, envoyée au Nord pour « rétablir l’ordre »… A grands coups de violations des Droits de l’Homme.

Les exactions commises par l’armée fédérale (citons pour seul exemple les massacres de Baga à la mi-avril : 200 morts) dans les Etats nordistes de Yobe et de Borno passent somme toute inaperçues, et ce pour une simple et bonne raison : le président Jonathan Goodluck bénéficie d’un blanc-seing fourni par les puissances occidentales. En effet, ces dernières ferment les yeux sur la violence car la menace que représente une poussée islamiste dans un pays aux dimensions du Nigeria a de quoi faire trembler. Car il est impensable, même pour les Etats-Unis, d’aider le gouvernement nigérian à combattre les terroristes islamistes comme il peut le faire au Yémen. Le pays est trop grand, trop complexe.

Cependant, l’inefficacité flagrante de la répression, alliée à des violences de moins en moins acceptable, pourrait faire bouger les lignes.

Y a-t-il un risque de contagion ? Oui et non. Il y a déjà contagion, car on sait que Boko Haram, ou des « affiliés », opère au Cameroun ou au Niger, poussée dans ces pays par l’armée du Nigéria. Cependant, il faut bien noter que les terroristes islamistes nigérians ne sont pas des « internationalistes » comme ceux d’Al Qaeda, mais bien des Nigérians se battant pour l’application stricte de la charria et le rejet des influences occidentales au Nigéria. La perspective n’est pas la même, bien que le danger n’en soit pas moins grand…

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