Ouganda-Tanzanie, une alliance renforcée

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L’Ouganda va devenir un tout jeune producteur pétrolier en Afrique d’ici un à deux ans. Son statut de pays enclavé l’a forcé à trouver un débouché pour ses futures exportations : c’est la Tanzanie qui a été choisie comme principal terminal de vente des futures réserves ougandaises.

Alors que l'Ouganda est plus proche du Kenya que de la Tanzanie, c'est cette dernière qui a été choisie pour exporter le futur pétrole ougandais
Alors que l’Ouganda est plus proche du Kenya que de la Tanzanie, c’est cette dernière qui a été choisie pour exporter le futur pétrole ougandais

Dans l’industrie pétrolière, l’Ouganda est un petit nouveau, dont les premières productions (estimées pour 2017-2018) seront bien inférieures à celles des géants nigérian ou angolais. Néanmoins, ses réserves, estimées entre trois et six milliards de barils, sont extrêmement prometteuses (les quatrièmes de la région subsaharienne). Pour un petit pays historiquement dépendant de l’agriculture, le pétrole représentera une manne certaine qu’il conviendra, bien évidemment, d’utiliser au mieux. Fin avril, le pays a décidé la construction d’un pipeline entre Hoima, dans l’ouest du pays, et le grand port tanzanien de Tanga (1400 kilomètres).

Pourtant, depuis les premières découvertes pétrolières en 2006, il semblait que le Kenya avait l’avantage pour être le principal débouché du pétrole ougandais. Les présidents ougandais et kenyan avaient ainsi signé un accord de principe pour faire du grand port kenyan de Lamu la destination finale du pétrole ougandais. Néanmoins, la dégradation de la situation sécuritaire sur place, couplée au désir des compagnies pétrolières opérantes en Ouganda (Total et la chinoise CNOOC) de privilégier le débouche tanzanien en ont décidé autrement. Face à la lenteur du développement du pipeline entre l’Ouganda et Lamu, la Tanzanie, largement soutenue par Total, a proposé un projet rival finalement choisi par les instances ougandaises, en raison d’un coût moins cher, d’exemptions importantes de taxes et d’un contexte sécuritaire moins pesant (le pipeline jusqu’au Kenya aurait nécessité un passage dans le nord du pays, actuellement menacé par les shebabs somaliens).

La Tanzanie, futur moteur en Afrique de l’est ?

Cela marque, symboliquement, l’évolution contraire des deux Grands de l’Afrique de l’est. Pendant que le Kenya fait face à de très nombreux problèmes, tant sécuritaires qu’économiques, la Tanzanie, elle, apparait relativement épargnée. Son port de Tanga est achevé, tandis que Lamu accumule les retards et les rejets des populations locales contre le grand corridor reliant l’Ethiopie à Lamu, en passant par le Soudan du Sud (corridor LAPSSET).

C’est donc toute l’Afrique de l’Est qui est en pleine mutation. Les projets concurrents se multiplient, notamment dans l’export de matières premières. Voyant le retard du corridor LAPSSET, l’Ethiopie se rapproche de Djibouti, faisant planer le doute sur la réelle mise en service du corridor jusqu’au Kenya. Les dérapages budgétaires risquent d’être périlleux pour le Kenya. De son côté, la Tanzanie prend du galon sur cette partie du continent, et fait de l’intégration régionale son principal moyen de développement. Le pipeline Hoima-Tanga devra être achevé pour 2020, date à laquelle les premières exportations de pétrole ougandais sont prévues. Elle pourrait bien devancer son voisin kenyan en tant que premier hub d’export d’hydrocarbures en Afrique de l’est. La recomposition économique et politique de l’Afrique de l’est est donc bel et bien en marche.

 

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