Gérer le Covid-19 en Europe centrale : le cas de la Tchéquie

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Alors que la présidente de la commission européenne a présenté le 16 septembre 2020, le contenu du plan NextGenerationEU devant le Parlement, des voies se sont élevées parmi les États membres pour conditionner ce plan de relance massif au respect de l’État de droit et des présumées valeurs européennes. Sont visés les Etats du groupe dit « de Višegrad ». Force est pourtant de constater que ces pays ont mieux géré la crise liée au Covid-19 que bien des pays occidentaux. L’exemple de la Tchéquie permet de comprendre pourquoi, en même temps que de poser les limites de cette affirmation.

Des mesures autoritaires décidées très tôt 

montrer que les politiques tchèques portent le masque dans l'espace public
Le président tchèque masqué lors d’une interview, Lány, le 11 mai 2020

Les trois premiers cas avérés de Covid-19 ont été détectés le 1er mars dernier. Le gouvernement n’a alors pas attendu quinze jours pour agir. Même si le nombre de cas positifs restait extrêmement faible, la Tchéquie a décrété la fermeture des écoles le 10 et l’État d’urgence le 12. Les mesures se sont poursuivies avec la fermeture des commerces et des frontières le 14. Enfin, le confinement a été généralisé le 15 mars. En France, en revanche, alors que les premiers cas ont été détectés sur le territoire métropolitain le 24 janvier, on ne décide de confiner que le 17 mars.

Dès mars, le Parlement européen s’est posé la question de la conformité en droit de ces fermetures de frontière. Aujourd’hui, à l’heure où une deuxième vague épidémique paraît imminente, la Hongrie a refermé ses frontières le 1er septembre. La Pologne a suspendu ses liaisons aériennes avec la plupart des pays européens. L’isolement comme première action.

Porter le masque pour mobiliser les citoyens

La spécificité de la gestion de la crise du Covid-19 en Tchéquie est que le port obligatoire du masque, y compris à l’extérieur, est intervenu très tôt. La mesure est appliquée dès le 18 mars et cela malgré la pénurie. Les Tchèques étaient invités à concevoir eux-mêmes leurs masques. La couverture de l’hebdomadaire critique Respekt du 23 mai titre « Une Tchéquie forte » en représentant une machine à coudre concevant un masque.

Andrej Babiš, le chef du gouvernement l’affirme en avril dans une conférence de presse, « la Tchéquie est une puissance du masque ». Le masque est devenu le symbole de la puissance de la mobilisation de la population face à la crise et de la solidarité des Tchèques entre eux. La presse et les politiques ont joué sur les sentiments patriotiques de la population plutôt que sur la stigmatisation de certains groupes générationnels ou sociaux.

Une Europe médiane moins touchée que l’Europe occidentale

Les chiffres sont sans appel : au 24 septembre, on compte seulement 2392 décès liés à la Covid-19 en Pologne, 718 en Hongrie, 567 en Tchéquie. « C’est difficile à admettre mais nous sommes protégés du coronavirus, à bien des égards, du fait de notre héritage communiste » affirme le journaliste Petr Honzejk dans le quotidien économique Hospodářské noviny le 15 avril.

Campagnes obligatoires de vaccination, capacité de la population à s’adapter à une économie de privation (pour les masques), respect de l’autorité de l’Etat, peur du regard d’autrui et des dénonciations (de fortes amendes étaient prévues en cas de non-port du masque) sont des facteurs qui permettent de comprendre la réussite de la gestion tchèque de la pandémie. Héritage du pacte social défini par l’État communiste, le port du masque s’est accompagné de prestations sociales importantes à destination des personnes âgées et des familles.

Une deuxième vague aujourd’hui inquiétante

Ls efforts n’ont cependant pas été poursuivis. Fort de son apparent succès, le gouvernement d’Andrej Babiš a entamé le déconfinement dès le 11 mai. La ligue professionnelle tchèque de football fut la première en Europe à reprendre ses activités. Il était possible jusqu’au 1er septembre de se promener partout sans masque. Le port du masque reste non-obligatoire dans les écoles.

Le pays est pourtant l’un de ceux qui compte le plus de nouveaux cas quotidiens en Europe. La Tchéquie se trouve aujourd’hui dans une situation que l’OMS a qualifié d’inquiétante. Entre le 16 septembre et le 24 septembre, 91 personnes sont décédées de la Covid-19. Ainsi, le gouvernement est aujourd’hui rendu responsable d’un mauvais contrôle de la crise du fait d’une confiance excessive. Il pourrait être rapidement contesté dans les urnes à l’occasion des élections régionales qui ont lieu dans deux semaines.

Sources :

APA, “Rekord, fast 1400 Corona-Neuinfektion in Tschechien”, Vienna.at, 11.09.2020,  https://www.vienna.at/rekord-fast-1-400-corona-neuinfektionen-in-tschechien/6736838.

Catherine Chatignoux, “Coronavirus: la Hongrie referme unilatéralement ses frontières”, Les Echos, 01.09.2020, Catherine Chatignouxhttps://www.lesechos.fr/monde/europe/coronavirus-la-hongrie-referme-unilateralement-ses-frontieres-1238432 .

Guillaume Narguet, “Les Etats face au coronavirus- En République tchèque, le masque jusqu’à quand?”, Institut Montaigne, 15.05.2020, https://www.institutmontaigne.org/blog/les-etats-face-au-coronavirus-en-republique-tcheque-le-masque-jusqua-quand.

Petr Honzejk, “Sedm důvodů, proč si Východ vede proti koronaviru lépe než Západ”, Hospodářské Noviny, 15.05.2020, https://archiv.ihned.cz/c1-66750480-sedm-duvodu-proc-si-vychod-vede-proti-koronaviru-lepe-nez-zapad.

Erik Tabery, “Kouzelná rouška”, Respekt, 22.03.2020, https://www.respekt.cz/tydenik/2020/13/kouzelna-rouska?issueId=100448.

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Paul BATCABE-LACOSTE

Paul Batcabe-Lacoste est élève normalien à l'ENS Paris-Saclay et étudie la sociologie, le tchèque et l'histoire contemporaine. Ses thèmes de prédilection concernent le sport comme fait social et l'Europe médiane et balkanique. Il est également intéressé par l'histoire des mondes communistes et celle des gauches européennes.

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