Victoire républicaine aux législatures d’État : vers une majorité rouge au Congrès ? Par Gabriel Solans

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Gabriel Solans est doctorant en Civilisation américaine au sein du LARCA à l’Université de Paris sous la direction de François Vergniolle de Chantal, travaille sur le Parti républicain américain.

À chaque élection présidentielle américaine, tous les quatre ans, les Américains votent non seulement pour le ticket présidentiel mais aussi pour renouveler l’ensemble de la Chambre des représentants (chambre basse) et un tiers du Sénat (chambre haute), ainsi que les législatures d’État, une partie des gouverneurs des États et pour se prononcer sur des référendums locaux. Si le candidat démocrate semble avoir gagné la présidentielle, l’élection de 2020 voit une victoire républicaine pour le redécoupage des districts de la Chambre des représentants pour la nouvelle décennie.

Les districts sont redécoupés aux États-Unis tous les dix ans après le recensement décennal. On appelle ça le « gerrymandering », du nom du gouverneur du Massachusetts Elbridge Gerry dont le découpage partisan d’un district en 1812 a été caricaturé en forme de salamandre dans la Boston Gazette. Ce découpage est mené par des institutions diverses selon les États. Si dans certains États comme en Californie, Arizona ou Virginie il est réalisé par une commission indépendante, ce sont les législatures d’État qui assurent ce redécoupage dans la majeure partie des États. En 2010, les élections pour les législatures d’État (chambres haute et basse des États fédérés) avaient déjà été gagnées par le Parti républicain, suite à la vague rouge du Tea Party. Le Parti avait alors lancé son programme REDMAP (Redistricting Majority Project). Le contrôle de ces législatures d’État afin de redessiner les districts électoraux pour le Congrès à leur avantage est donc l’objet d’une concurrence entre les deux partis. Ce redécoupage peut par ailleurs être retoqué par la Cour suprême s’il est trop partisan, comme celui mené par le Parti républicain en Caroline du Nord en 2016.

Le résultat des élections pour les législatures d’État de 2020 est le plus stable depuis 1944 par rapport à la précédente élection. 86 chambres sur les 99 étaient en jeu en 2020. Avant l’élection, les Républicains possédaient 59 chambres et les Démocrates 39, avec un accord de partage en Alaska. Les Républicains ont gagné en 2020 les deux chambres du New Hampshire, retirant les gains de la vague bleue de 2018 qui avait emporté en outre les sénats du Colorado, du Maine, et de l’État de New York. Le gouverneur de l’État, Chris Sununu, républicain, s’est fait réélire à nouveau. Largement populaire, fils lui-même de l’ancien gouverneur du New Hampshire John H. Sununu, il avait pris ses distances avec Donald Trump. En possédant les deux chambres et le poste de gouverneur, les Républicains peuvent s’assurer le redécoupage des districts de cet État où l’accord du gouverneur est nécessaire à sa validation. Les Républicains ont obtenu en outre le poste de gouverneur du Montana avec l’élection de Greg Gianforte.

Par conséquent, le Parti républicain s’assure une position appréciable pour les élections à venir de mi-mandat en 2022, voire de 2024 pour la prochaine présidence, contraignant le futur président démocrate Joe Biden à devoir composer non seulement avec une nation plus polarisée que jamais mais avec des institutions pouvant passer sous contrôle républicain. Le Parti républicain a gagné en effet le contrôle du redécoupage sur 181 districts tandis que les Démocrates n’auraient la main que sur 76 d’entre eux. Conscients de cette faiblesse, ils ont particulièrement investi financièrement dans ces élections, moins médiatiques, dans les États clés de Floride, Caroline du Nord, Texas, Arizona, traditionnellement républicains, notamment avec le groupe libéral Forward Majority qui a investi 32 millions de dollars. Les Républicains ont particulièrement fait l’effort d’empêcher les Démocrates de gagner le Sénat du Minnesota, afin de pouvoir redécouper les districts des Twin Cities (Minneapolis et Saint-Paul), traditionnellement démocrates et foyer de départ des manifestations pour George Floyd.

Cette situation délicate devrait pousser le nouveau président à mener une politique centriste et de compromis pour ne pas cliver, délaissant son aile gauche. Le Parti républicain a en effet réduit à la Chambre des représentants la marge en faveur du Parti démocrate acquise lors des élections de mi-mandat (midterms) de 2018 sous l’administration Trump, gagnant au moins 4 sièges et réduisant encore un écart déjà faible. Le président Donald Trump a en outre remplacé durant son mandat plusieurs juges à la Cour suprême, qui est désormais conservatrice à 6 juges contre 3. Il a nommé plus de 216 juges fédéraux dans des juridictions inférieures (tribunaux locaux, cours d’appel), tous validés par le Sénat républicain, un record présidentiel.

Moins médiatiques, ces nominations permettent d’assurer l’articulation des politiques présidentielles à l’échelon local et vont assurer avec la Cour suprême un contre-pouvoir puissant à la présidence démocrate. Conscients de cette réalité, certains élus démocrates centristes à la Chambre dont les sièges sont à risque comme Abigail Spanberger, du 7e district de Virginie, ont alerté sur le fait de donner trop de voix à des slogans comme Defund the Police, initié lors des manifestations au sujet de la mort de George Floyd, repris par l’aile gauche du Parti démocrate et peu populaire dans l’opinion publique, qui pourrait ainsi leur coûter un siège. Les élections de mi-mandat sont en effet très souvent en défaveur du parti ayant remporté la présidentielle, comme cela a été le cas en 2018 pour le Parti républicain de Donald Trump ou en 2010 lors de la vague républicaine du Tea Party contre l’Obamacare. L’effet combiné du redécoupage républicain des districts, des pertes traditionnelles de mi-mandat et de la résistance du Parti républicain lors de l’élection de 2020 pourraient coûter le Congrès au président démocrate, déjà affaibli par son annonce de ne faire qu’un seul mandat. Il tomberait alors sur un Congrès républicain qui ne lui ferait aucun cadeau.

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