Joe Biden et le Moyen-Orient : rupture sur la forme mais continuité sur le fond ?

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Le 7 novembre, le démocrate Joe Biden a atteint le nombre de voix suffisant pour devenir le 46ème président des États-Unis. Le basculement de la Pennsylvanie en sa faveur a signé la défaite de Donald Trump. Le président sortant aura marqué la politique étrangère par son style incisif et tapageur. En quatre ans, la région du Moyen-Orient a été frappée du sceau du trumpisme. L’Iran, les pétro-monarchies du Golfe, Israël et la Palestine constituent autant de dossiers épineux qui attendent Joe Biden. Néanmoins, la véritable rupture concernant le Moyen-Orient devrait se faire davantage sur le style que sur le fond.

Joe Biden face au défi du nucléaire iranien

Joe Biden
Joe Biden, 46ème président des États-Unis

En mai 2018, le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) avait fait l’effet d’un coup de tonnerre. Tout au long de sa campagne, Joe Biden a insisté sur le fait que la campagne de pression maximale à l’encontre de l’Iran était une grave erreur. 
En octobre dernier, il déclarait que la politique de Trump avait permis à l’Iran de disposer des capacités nucléaires nécessaires pour construire une bombe.

À de nombreuses reprises, Joe Biden a insisté sur le fait que les États-Unis devaient réintégrer le JCPOA. Condition à cela : Que l’Iran se remette en conformité avec les termes de l’accord. 


Dans ce contexte, les déclarations du président iranien Hassan Rohani suite à l’élection de Joe Biden montrent une volonté de relancer la coopération. Un retour des États-Unis à la table des négociations pourrait permettre une levée des sanctions économiques. En effet, celles-ci pèsent durement sur l’économie de la République islamique. 
Néanmoins, les prochaines élections présidentielles iraniennes auront lieu mi-2021 et la confiance est brisée entre les deux pays. Ces deux facteurs laissent à penser que de potentiels pourparlers n’auront pas lieu avant un certain temps. 

 Par ailleurs, Israël et l’Arabie saoudite risquent de jouer de tout leur poids pour empêcher une reprise de contact entre les États-Unis et l’Iran.

Un réajustement de la politique étrangère américaine avec l’Arabie saoudite

L’Arabie saoudite n’a félicité le nouveau président américain que plus de 24 heures après l’annonce de sa victoire. Ceci est sans doute le symbole que Riyad souhaitait vivement une réélection de Donald Trump. En effet, Joe Biden a promis un réajustement des relations avec l’Arabie saoudite durant sa campagne. 


L’administration Trump a été un soutien sans faille de l’Arabie saoudite, en sus de sa position vis-à-vis de l’Iran. Malgré le désastre humanitaire provoqué par la guerre au Yémen dès 2015, la Maison Blanche avait écarté toutes les résolutions anti saoudiennes du Congrès. De plus, Washington avait soutenu le prince héritier Mohamed Ben Salmane, accusé d’être à l’origine de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en octobre 2018. 



À plusieurs reprises, Joe Biden a annoncé que la relation américano-saoudienne dépendrait de la volonté de Riyad d’évoluer sur la problématique des droits de l’homme. Il a ainsi expliqué en octobre dernier vouloir défendre les droits des activistes, opposants politiques ou journalistes. Si le nouveau président souhaitera sans doute réétudier ce lien inébranlable, il gardera une proximité évidente avec le royaume wahhabite.

Israël et Palestine : un retour à la solution à deux États ?

Joe Biden devrait également réviser quelque peu la position américaine vis-à-vis d’Israël, autre grand allié des États-Unis dans la région. Il se positionnera sans doute pour le retour d’une solution à deux États. Joe Biden devrait ainsi relancer l’aide économique et humanitaire à la Palestine et surtout rouvrir la mission palestinienne à Washington, fermée par Donald Trump. 


Le nouveau président ne devrait en revanche pas remettre en cause la reconnaissance américaine de la souveraineté israélienne sur le Golan. De même, il ne devrait pas revenir sur le déplacement de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. 
Sa position à l’égard de la colonisation israélienne sera toutefois sûrement plus ferme.

Joe Biden avait également salué l’accord de normalisation des relations entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn. Il avait d’ailleurs promis de convaincre d’autres pays de la région de signer de tels accords avec Israël. Cela témoigne d’une érosion progressive de la cause palestinienne.


L’élection de Joe Biden semble marquer le retour à une politique étrangère plus nuancée au Moyen-Orient. Néanmoins, celle-ci s’inscrira dans une forme de continuité. Le nouveau président ne va pas révolutionner la position américaine dans la région. Elle restera basée sur ses alliés historiques que sont notamment Israël et l’Arabie saoudite.

 

Sources :

« Au Moyen-Orient, les alliés de Trump font grise mine », L’Orient-Le Jour, 2020. URL : https://www.lorientlejour.com/article/1240099/au-moyen-orient-les-allies-de-trump-font-grise-mine.html

« Will Joe Biden alter US policy in the Middle East? », Al Jazeera, 2020. URL : https://www.aljazeera.com/news/2020/11/9/biden-expected-to-alter-the-regions-status-quo-analysis

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Xavier BERNAUD

Etudiant en défense, sécurité et gestion à l'IRIS SUP', spécialisé sur les problématiques de sécurité internationale liées à la région du Moyen-Orient.

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