L’administration Biden : un nouveau visage vis-à-vis du dossier palestinien ?

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Le mercredi 7 avril, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a annoncé le rétablissement de l’aide économique américaine envers les Palestiniens (235 millions d’euros). Il affiche dès lors une diplomatie bien différente de celle en vigueur sous l’administration de ces prédécesseurs. En effet, Donald Trump, après s’être montré largement en faveur de la politique israélienne, avait gelé l’aide américaine pour la Palestine.

Trump et le mépris de la question palestinienne

Antony Blinken, le nouveau visage de la diplomatie américaine.

Sous Donald Trump, les relations diplomatiques entre les États-Unis et l’Autorité Palestinienne étaient à l’arrêt. L’ancien Président des Etats-Unis, ouvertement pro-israélien, s’est toujours tenu aux côtés du Premier Ministre et président du Likoud, Benyamin Netanyahu. Trump a tenu l’une des promesses emblématiques de sa campagne électorale, reconnaître officiellement Jérusalem comme capitale d’Israël. Cette décision venait contrarier des années d’efforts diplomatiques pour maintenir son statut international. De plus, l’ancien Président américain était en faveur du déplacement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Israël bénéficiait donc du soutien inconditionnel de son allié historique confortant ainsi Netanyahu dans la poursuite d’une politique de colonisation des terres palestiniennes. En janvier 2020, l’administration Trump a également proposé « un plan de paix », aussi nommé « deal du siècle ». Jared Kushner, gendre de Donal Trump et initiateur de ce plan, se disait en faveur de la solution à deux États tout en pérennisant la situation des colonies israéliennes.

En réalité, ce « plan de paix » ne prend pas en compte les revendications palestiniennes. Au contraire, il encourage la vision coloniale de Benyamin Netanyahu en reconnaissant la souveraineté d’Israël sur la vallée du Jourdain, située en Cisjordanie occupée. Les Palestiniens n’ont pas été conviés à ces négociations, à la différence des Accords d’Oslo de 1993 entre l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et l’Etat israélien. Dans ce « plan de paix », Donald Trump proposait un Etat palestinien démilitarisé, sans continuité géographique et enclavé par les colonies. « Chacun sait qu’aucun responsable palestinien ne peut l’accepter », expliquait ainsi Bertrand Badie, professeur émérite de Sciences Po et spécialiste en relations internationales. En effet, ce plan n’avait aucune chance de recevoir la bénédiction de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne. Ce projet s’inscrivait dans la logique diplomatique de Donald Trump : l’abandon du multilatéralisme.

Joe Biden : rupture avec l’ère Trump et regain d’espoir du côté palestinien

Depuis son arrivée à la maison blanche, Joe Biden se montre en faveur d’un rapprochement avec l’Autorité Palestinienne. Lors de sa campagne électorale, l’actuel Président des États-Unis avait proposé la réouverture des bureaux de l’OLP à Washington. La semaine dernière, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a donc fait un nouveau pas vers la Palestine en rétablissement l’aide financière américaine. Cette somme de 250 millions de dollars est en majorité destinée à l’UNRWA (The United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees), antenne onusienne destinée aux réfugiés palestiniens.  Le Premier Ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh, a cependant demandé aux Américains d’aller plus loin en « faisant pression sur Israël pour freiner le désir d’expansion et de colonisation dans les territoires occupées ». En effet, l’Autorité palestinienne attend de nouvelles perspectives de paix.

Côté israélien, les réactions sont aux antipodes. L’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Guilad Erdan, a annoncé sa « déception et son désaccord » avec la décision de Joe Biden. Dans la même lignée idéologique, l’ex-ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, a déclaré dans un tweet : « l’UNRWA est l’une des agences les plus corrompues et les plus contre-productives des Nations Unies ». Le camp pro-Israël considère cette aide pour l’UNRWA comme un moyen économique pour la Palestine de servir une propagande antisioniste.

Malgré ce regain d’espoir, le dossier palestinien reste un élément déstabilisateur pour la paix au Moyen-Orient. Il est devenu secondaire pour la communauté internationale. La guerre civile syrienne, l’émergence de l’Etat islamique, la guerre au Yémen, et la montée en puissance de l’Iran sont autant de causes faisant passer la question de la Palestine en arrière-plan. Par cette marginalisation de la Palestine, la politique israélienne et son projet de colonisation, portés par la droite dure, se sont vus légitimés. Les palestiniens attendent cependant un nouveau projet politique émanant de la communauté internationale afin de lutter à nouveau sur le plan diplomatique.

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