Famine à Madagascar : le “kere” interminable

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Depuis janvier 2021, une grave crise alimentaire frappe de plein fouet l’île de Madagascar. En effet, ce PMA fait face cette année à la pire sécheresse depuis trente ans. L’insécurité alimentaire entraînée par une pénurie de nourriture, entraînée elle-même par la sécheresse, menace la population malgache. Les familles du Sud de l’île (la région la plus touchée) migrent dans l’espoir de nourrir leurs familles.

La famine à Madagascar
Des Malgaches, sous alimentés, attendent une distribution de nourriture.

L’île touchée par la famine

Selon les Programme Alimentaire Mondiale (PAM), l’insécurité alimentaire voir la sous-nutrition menacerait environ 1,5 millions de personnes. Le responsable urgence du programme est déjà allé en mission sur place le 1er mai et en était revenu inquiet. Il avait décrit des enfants avec la peau sur les os et des femmes obligées de tout vendre pour acheter quelques grains de maïs. Cette pénurie de nourriture est liée à la grande sécheresse que subit le pays depuis bientôt quatre ans. Les périodes de sécheresse sont caractéristiques de la région. Les Malgaches les nomment “kere“, ce qui signifie “manque de nourriture”. Cependant, ce phénomène ne fait que s’accentuer au fil des années. Aujourd’hui, de nombreuses familles du sud migrent vers le nord ou sur les littoraux, où le climat y est plus doux. La capitale Antananarivo voit arriver chaque jour une cinquantaine de migrants.

Comment composer face à l’urgence ?

Dans l’urgence, certaines ONG mais aussi certaines institutions internationales ont apporté des aides humanitaires. Action contre la faim, déjà sur place, a assuré des opérations de renutrition d’urgence de la population. L’ONG dispose de 25 cliniques mobiles qui sillonnent l’île, auscultant et attribuant des bons alimentaires à la population sous-alimentée. L’ONU, par l’intermédiaire du PAM et de l’UNICEF, organise des expéditions de nourriture depuis l’Afrique du Sud. Elle réapprovisionne l’île en céréales à hautes valeurs nutritives et proposent même des repas chauds dans le sud du pays. Néanmoins, ces organisations souhaitent aussi agir sur le long terme afin d’éviter une autre crise à l’avenir. Elles souhaiteraient idéalement améliorer l’agriculture, assainir les eaux, renforcer le système de santé au sein du pays. Ces organisations ont d’ailleurs déjà proposé aux agriculteurs de nouvelles céréales, s’adaptant aux climats plus arides, à planter pour la saison prochaine.

Cette situation de crise extrême est-elle explicable ?

Premièrement, Madagascar fait face à une crise politico-économique. L’île est un PMA, c’est-à-dire que son revenu par habitant, son développement humain et sa santé économique figurent parmi les plus faibles au monde. Plus de 90 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Aussi, l’instabilité politique et la guerre civile, après son indépendance en 1960, ont sapé la capacité institutionnelle du gouvernement, la croissance économique et les efforts de développement. De plus, Madagascar semble être exclue de la mondialisation et fragilisée par celle-ci. Le pays est considéré comme une “marge” selon le modèle de Braudel. Les “marges” sont exclues des échanges entre les “centres” (capitales dominante) et les “périphéries”. À savoir que très peu de flux matériels (marchandises, humains,…) et immatériels (financiers, d’informations, …) passent par elles. En effet, le trafic de conteneur à Madagascar représente 0,2 millions d’EVP² (Équivalent Vingt Pieds) comparé à 4,6 en France.

Deuxièmement, Madagascar fait face à des crises mondiales. La pandémie Covid-19 déstabilise beaucoup le pays. Elle entraîne des restrictions de déplacement, le ralentissement du fonctionnement des centres de santé et une sous-nutrition infantile. Depuis la fermeture des écoles, les enfants ne reçoivent plus leur repas quotidien gratuit. L’île reste aussi très touchée par les conséquences du réchauffement climatique. Selon les climatologues, ce phénomène serait la cause des épisodes de famine récurrents. La montée des températures réduirait les précipitations et dessècherait les terres. Le premier “kere“, enregistré en 1896, correspondrait à la période industrielle. Le pays connaît ensuite seize “kere“, dont le dernier toujours en cours. Le lien entre le réchauffement climatique engendré par la pollution humaine et l’apparition des “kere” semble donc très évident. Le directeur du PAM a souligné que Madagascar « n’avait en rien contribué au réchauffement climatique mais [qu’elle en payait] le prix fort ».

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Daïanée TISSERAND

est étudiante à Kedge BS, après deux années de classe préparatoire ECS.

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