La COP26 : L’ampleur du « lobbying climatique »

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La 26ème édition de la Conférence des Parties des Nations Unies sur le changement climatique, couramment appelée la COP 26, a débuté le 31 Octobre à Glasgow en Écosse. Durant une douzaine de jours d’échanges, les États participants ont pour but d’accélérer l’action climatique. Il s’agit de trouver des mesures concrètes pour amorcer la transition énergétique et réduire les émissions polluantes de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère. Cependant, depuis l’institution de ces mesures et malgré le contexte d’urgence, des lobbies se forment afin de retarder les politiques climatiques.

Les Conférences des parties sur le changement climatique (les COP) mises en place par les Nations Unis face à l’urgence

La COP26 : des lobbys retardant l'action des politiques climatiques.
La 26ème édition de la Conférence des Parties des Nations Unies sur le changement climatique (COP26) à Glasgow, fin Octobre 2021.

Depuis 2001, la communauté scientifique affiche un total consensus concernant le phénomène du réchauffement climatique à l’échelle planétaire. Ce réchauffement de l’atmosphère serait en quasi-totalité dû aux activités polluantes de l’homme au cours de ces 50 dernières années. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) affirme notamment que le rejet excessif de CO2 dans l’air produisant un « effet de serre » en serait la cause. Les différents rapports du GIEC tirent également la sonnette d’alarme à propos des conséquences irréversibles sur l’environnement comme la montée des températures, la fonte des calottes glaciaires, la montée des eaux ainsi que l’intensification des catastrophes naturelles.

Face à cette urgence environnementale, les Nations Unies ont adopté la Convention-cadre sur les changements climatiques (CCNUCC) au Sommet de la Terre à Rio, en 1992. Pratiquement tous les pays du monde y ont participé : 154 États sur 194. Les Conférences des parties (COP) sont alors mises en place afin d’atteindre et de concrétiser les objectifs ambitieux de la Convention-cadre et du plus récent Accord de Paris de 2015. L’objectif principal est de maintenir l’augmentation de la température mondiale en dessous de 2 degrés Celsius.

Puis, les pays développés, ayant été les plus gros pollueurs, notamment durant les révolutions industrielles du XIXe siècle, auraient le devoir de montrer l’exemple. Ils doivent réduire au maximum les émissions de GES sur leurs territoires et soutenir les activités de lutte contre le changement climatique au sein des pays en développement. Pour ce faire, ils apportent un soutien financier, en plus de l’aide au développement (APD) qu’ils fournissent déjà à ces pays. En cette fin d’année, la 26ème édition de la Conférence des Parties des Nations Unies sur le changement climatique prend place mais le lobbying fait rage. Une majorité d’acteurs ne sembleraient pas prêts à abandonner l’utilisation des énergies fossiles, ni à investir en masse dans la transition énergétique.

Des lobbies privés retardent délibérément les politiques climatiques établies lors des COP

Historiquement, un lobby se définit comme un groupe d’acteurs (personnes, entreprises, …) créé pour défendre leurs intérêts privés. À cette fin, ils exercent des pressions ou des influences sur des institutions publiques détentrices du pouvoir. Dans le cas des Conférences sur le changement climatique (COP), les lobbies représentent les alliances qu’effectuent les grandes industries pétrolières afin de défendre leur fond de commerce, mis à mal par les régulations internationales préservant la biodiversité.

Le lobbying privé est très répandu dans le secteur des énergies fossiles car l’activité des grandes majors n’est que très peu diversifiée en termes de production. L’activité en question englobe tous les éléments de la chaîne de production d’hydrocarbures, en amont (l’exploration, le développement, la production,…) et en aval (le raffinage, la distribution, l’acheminement, …). Ces majors ont donc une excellente intégration verticale. Cependant leur intégration horizontale reste fragile : elles traitent exclusivement les énergies fossiles (gaz, pétroles, charbon,…) et que très peu les énergies renouvelables.

En résumé, le bon fonctionnement de leur activité dépend de l’existence même des énergies fossiles et de leur accès. Même si ces ressources sont réellement limitées, les multinationales savent pertinemment que la transition énergétique ne leur sera pas aussi favorable, leur production d’énergie renouvelable n’étant aujourd’hui pas aussi rentable. C’est pourquoi elles créent des groupes d’influence afin de défendre leurs intérêts, leur activité, leur industrie. Entre 2010 et 2018, le groupe d’intérêts Chevron, BP, ExxonMobil, Shell et Total auraient dépensé plus de 123 millions d’euros en lobbying et celui Cefic, IOGP, Essenscia, Eurogas environ 121 millions d’euros. Ces sommes astronomiques sont donc investies par ces grands groupes afin de retarder le plus possible les actions politiques en faveur du réchauffement climatique.

La COP26 : des lobbys retardant l'action des politiques climatiques.
Franchise Station-service de la multinationale Total : la distribution, une activité en aval de la chaîne.

D’ailleurs, d’après un article de « Global Environmental Change », le fleuron français Total s’est avéré être un champion en la matière. Après avoir récemment analysé les archives de la multinationale, des historiens de l’environnement considèrent que Total a délibérément semé le doute sur la légitimité des sciences du climat durant près de 50 ans. L’entreprise aurait été au courant de la nocivité des énergies fossiles pour l’environnement et leur implication dans le réchauffement climatique dès le début des années 1970.

Un article publié en 1971 dans le magazine de l’entreprise Total information affirme que  » l’homme brûle en quantité chaque jour croissante des combustibles fossiles, charbons et hydrocarbures », que « cette opération aboutit à la libération de quantités énormes de gaz carbonique » et que « un air plus riche en gaz carbonique absorbe donc davantage de radiations et s’échauffe davantage ». Cependant, par la suite, la multinationale a tout mis en place pour brouiller les pistes en communiquant publiquement leur doute sur un quelconque lien entre leur activité et le réchauffement climatique (alors qu’ils l’avaient démontré dans leur article de 1971).

Des groupes de pression se forment également au sein des États-membres : un « lobbying climatique public » serait-il dévoilé ?

Le lobbying public se révèle être un sujet tabou au sein de la communauté internationale mais reste cependant bien réel. Rappelons tout de même que le secteur des hydrocarbures est un enjeu de taille pour certains États. Ils tireraient un véritable avantage comparatif des industries liées à ce secteur et deviendraient ensuite pour la plupart dépendants de ces mannes pétrolières et gazières.

De plus, après le contexte de pandémie du CoViD-19, la plupart des pays font face à de sérieuses difficultés économiques. Ils se montrent donc très réticents à investir dans le secteur des énergies renouvelables – qui est nouveau donc peu sûr et peu rentable – plutôt que de relancer ou de pérenniser leurs économies (emplois, subvention d’entreprises,…).

En effet, une énorme fuite de documents, transmise à BBC News en Octobre dernier, révèle que des pays comme l’Arabie Saoudite, le Japon et l’Australie tenteraient de modifier un « rapport d’évaluation » du GIEC. La fuite montre qu’un certain nombre de pays et d’organisations (environ 32 000 soumissions) soutiennent que le monde n’a pas besoin de réduire l’utilisation des combustibles fossiles aussi rapidement que le recommande le rapport. Un conseiller du ministère saoudien du Pétrole demande même que certaines phrases telles que « la nécessité d’actions d’atténuation urgentes et accélérées à toutes les échelles… » soient éliminées. L’Australie demande de supprimer du rapport une référence au rôle du lobbying australien et américain, en faveur des combustibles fossiles, dans la dilution de l’action sur le climat.

De plus, certains pays riches, comme la Suisse, auraient pour but de modifier les parties du rapport qui maintiennent que les pays développés devraient soutenir financièrement les pays en développement afin d’atteindre les objectifs de réduction des émissions fixés lors des COP.

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Daïanée TISSERAND

est étudiante à Kedge BS, après deux années de classe préparatoire ECS.

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