La Bosnie-Herzégovine menacée d’implosion

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La Bosnie-Herzégovine est un pays multiethnique composé de trois peuples constitutifs que sont les Bosniaques musulmans, les Serbes orthodoxes ainsi que les Croates catholiques. Depuis la fin de la guerre en 1995, le pays est divisé en deux entités politiques autonomes : la Fédération de Bosnie-Herzégovine et la République serbe de Bosnie. Le 9 janvier 2022, cette dernière fête son trentième anniversaire alors qu’un processus de sécession y est officiellement lancé depuis plusieurs mois. Les craintes d’un éclatement et d’un embrasement de la jeune république fédérale de Bosnie-Herzégovine sont importantes.

Carte de la Yougoslavie
La carte des fédérations composant la république fédérative socialiste de Yougoslavie (1945-1992).

Les cicatrices de la guerre de Bosnie-Herzégovine

La guerre de Bosnie-Herzégovine marque véritablement l’apogée des tensions dans les Balkans occidentaux au cours des années 1990. En 1992, la république de Bosnie-Herzégovine déclare unilatéralement son indépendance de la Yougoslavie. Cette sécession intervient une année après celles de la Slovénie, de la Croatie et de la Macédoine du Nord.

L’armée de Yougoslavie ainsi que des milices serbes s’opposent à l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine et tentent de reconquérir certains territoires. Les combats militaires s’accompagnent de nombreuses exactions contre les populations et par une volonté de « purification ethnique ». Le massacre de Srebrenica en est l’une des funestes illustrations. En juillet 1995, des milices serbes massacrent 8 000 Bosniaques dans cette municipalité située en République serbe de Bosnie et majoritairement peuplée de musulmans.

En 1995, les représentants serbe, croate et bosnien se retrouvent à Dayton aux États-Unis afin de mettre fin au conflit. Les Accords de Dayton entérinent l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine et le maintien de ses frontières. Ils prévoient également la constitution de deux zones dans l’État bosnien : une croato-musulmane et une autre serbe.

Le conflit a fait près de 100 000 morts et plus de 2 millions de déplacés internes. La guerre de Bosnie-Herzégovine est ainsi la plus meurtrière qu’a connu l’Europe depuis 1945. Dans les années 2000, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie condamne à perpétuité pour génocide et crimes contre l’humanité de nombreux hauts dignitaires ayant participé au conflit. C’est notamment le cas de Mladic et de Karadzic, respectivement anciens chefs militaire et politique des Serbes de Bosnie.

Un système politique complexe hérité de la guerre

Le système politique de la Bosnie-Herzégovine est directement issu des Accords de Dayton. Le pays est composé d’un État central faible et de deux entités fédérées autonomes : la Fédération de la Bosnie-Herzégovine et la République serbe de Bosnie. À cela s’ajoute le district de Brčko, territoire autonome et neutre de près de 100 000 habitants supervisé par le Haut-Représentant de la communauté internationale, mandaté par l’ONU.

La Bosnie-Herzégovine applique un système de présidence collégiale tournante tripartite. Parmi les trois présidents élus, il y a systématiquement un Bosniaque, un Serbe et un Croate. Le Haut-Représentant sous l’égide des Nations Unies est officiellement le plus haut degré de pouvoir dans le pays. Il peut imposer des lois ainsi que destituer des hommes politiques locaux. Depuis le 1er août 2021, le nouveau Haut-Représentant est l’allemand Christian Schmidt.

L’homogénéité ethnique des entités composant la Bosnie-Herzégovine est une des conséquences des opérations de nettoyage ethnique et des déplacements de populations durant la guerre. Les Serbes représentent ainsi 81,5 % de la population de la République serbe de Bosnie. Dans la Fédération de la Bosnie-Herzégovine, 70,4 % des habitants sont Bosniaques. Par ailleurs, la Bosnie-Herzégovine a perdu un cinquième de sa population entre 1990 et 2013. D’après le dernier recensement en date, le pays compte 3,5 millions d’habitants contre 4,4 millions avant la guerre. Les Bosniaques représentent désormais plus de la moitié du total (50,1 %). Suivent ensuite les Serbes (30,8 %) et les Croates (15,4 %).

Milorad Dodik, co-président de la Bosnie-Herzégovine depuis 2018.
Le leader nationaliste serbe Milorad Dodik est co-président de la Bosnie-Herzégovine depuis 2018.

La Bosnie-Herzégovine en proie aux velléités indépendantistes serbes

Milorad Dodik, leader des Serbes de Bosnie-Herzégovine, milite depuis une quinzaine d’années pour la scission de la République serbe de Bosnie. Il fait également régulièrement part de sa volonté à terme de la rattacher à la Serbie voisine.

Depuis quelques mois, les menaces de Dodik se concrétisent. En effet, le 10 décembre 2021 le parlement de la République serbe de Bosnie vote une motion accordant un délai de six mois pour organiser le départ des Serbes de trois institutions majeures de l’État central bosnien : la justice, les impôts et l’armée. La perspective de la création de deux armées totalement indépendantes l’une de l’autre ravive le spectre de la guerre dans le pays.

Les Occidentaux dénoncent la démarche de Dodik. Début janvier, les États-Unis imposent des sanctions au leader serbe. L’Union européenne, quant à elle, apparaît divisée sur la question. Alors que l’Allemagne soutient la démarche de Washington, la Slovénie et la Hongrie s’y opposent fermement. Dodik bénéficie également de l’appui politique de la Russie, et dans une moindre mesure, de celui de la Chine.

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Yann MARCILLON

est étudiant à l'IRIS SUP' au sein du parcours "Géopolitique et prospective" en double-diplôme à Grenoble École de Management.

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