Le rapport ambivalent de la Turquie avec la Palestine et Israël

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Les relations entre la Turquie et Israël ont connu un nouvel élan en 2021, après presque 20 ans de gel. Le conflit du Haut-Karabakh a été une occasion de coopération militaire entre les deux Etats. Israël constitue, aujourd’hui, pour la Turquie, un partenaire militaire intéressant. Pourtant, l’intensification des attaques envers l’Etat palestinien, par Israël, ont suscité de la part de la Turquie une forte vague de réaction. Celle-ci se transmet à la fois sur le plan gouvernemental et social. La Turquie soutient ouvertement la Palestine, évoquant la profondeur de leurs liens culturels et religieux.

Qu’en est-il, sur le plan géopolitique ? Quelle est la nature du soutien de la Turquie à la Palestine ? Dans quelle mesure celui-ci pourrait engendrer une perte économique et une distorsion de ses liens diplomatiques avec Israël ? Ce soutien dissimule-t-il des intérêts stratégiques sous-jacents ?

Les relations économiques de la Turquie avec Israël

En 1949, la Turquie était le premier pays à majorité musulmane à reconnaître Israël ; leur collaboration s’est développée essentiellement sur le plan économique. Depuis les années 60, les relations turco-israéliennes se caractérisent par une collaboration discrète. Effectivement, ceux-ci s’entendent sur certains sujets. L’opposition à l’Egypte jusqu’au traité de 1979 signé avec Israël, puis la Syrie, et enfin l’Iran. Les relations entre Israël et la Turquie ont ensuite connu une dégradation progressive.

Leur coopération se figea au début des années 2000, avant de recommencer avec leur accord militaire lors du conflit du Haut-Karabakh. Celle-ci n’est pas sans intérêts mutuels. La victoire de l’Azerbaïdjan, soutenu par la Turquie, ouvre de nouvelles opportunités économiques dont Israël pourrait bénéficier.  Leur désaccord sur la Palestine constitue leur principale opposition. Il semble aussi constituer un argument pour avancer que leur relation est essentiellement instrumentalisée par l’un et l’autre. Elle n’a effectivement pas empêché un retour diplomatique.

Le soutien de la Turquie envers la Palestine 

Le site officiel du ministère des Affaires étrangères de la Turquie définit sa relation avec l’Etat Palestinien comme « des siècles d’une histoire commune », et une « forte attache culturelle et sociale avec le peuple palestinien  ». La Turquie a soutenu la Palestine dans sa lutte pour être reconnue comme un Etat. Elle a également appuyé son projet d’intégration à l’UNESCO en 2011. Elle travaille activement pour apporter une assistance au développement, la santé, l’éducation en Palestine. La position gouvernementale regardant les attaques israéliennes a toujours été claire au travers des discours politiques. Recep Tayyıp Erdoğan désigne ouvertement Israël comme un « cruel Etat terroriste, attaqu[ant] les musulmans de Jérusalem, dont la seule préoccupation est protéger leurs foyers et leurs valeurs, d’une manière sauvage et dénuée de tout sens éthique ».

Les récentes attaques d’Israël envers la Palestine ont suscité, en Turquie, une réaction immédiate. Les drapeaux palestiniens ont fleuri dans les rues d’Istanbul. Les mosquées ont adressé des prières publiques aux palestiniens blessés lors des violentes confrontations avec la police israélienne dans les rues de Jérusalem. Les citoyens se sont réunis devant l’ambassade d’Israël pour protester contre les hostilités et violences policières adressées aux Palestiniens.

Fait religieux et intérêts économiques : le cas de la Turquie et de la Palestine

Ce soutien semble dénué d’intérêts politiques et diplomatiques. En effet, cette position de la Turquie pourrait mettre en danger ses relations économiques actuellement prospères avec Israël, et provoquer une tension avec les Etats-Unis et les pays alliés d’Israël. Lesquels sont des acteurs importants pour la Turquie sur le plan économique. Ainsi, le lien religieux et culturel semble être le seul facteur de soutien de la Turquie à la Palestine.

Cependant, les concepts de fraternité culturelle, ou d’identité ont un rôle seulement limité en politique. L’exemple du conflit du Haut-Karabakh, au cours duquel la fraternité turco-azerbaïdjanaise était un élément de discours récurrent, est un exemple d’instrumentalisation du vecteur culturel et identitaire, au service d’intérêts économiques et diplomatiques.

Cette instrumentalisation fonctionne à double sens : une analyse rapide pourrait déterminer ce conflit comme religieux, un Etat musulman soutenant un autre Etat musulman. Cependant, il s’agissait en majorité d’un conflit aux intérêts économiques déterminants pour la Turquie. Ainsi, l’avancement du fait religieux et culturel a été prouvé, à plusieurs reprises, comme répondant plutôt à des intérêts diplomatiques qu’une réelle communauté culturelle.

Qu’en est-il pour la Palestine ? Un accord Turquie-Palestine pourrait ouvrir une porte militaire pour la Turquie qui pourrait y implanter ses troupes armées. Cela semble constituer le seul intérêt stratégique possible de la Turquie dans sa prise de position. Cependant, on n’a trouvé aucune source concernant une présence militaire turque en Palestine, ou encore un accord militaire.

Ainsi, la relation entre la Turquie et la Palestine semble se fonder avant tout sur un soutien dont les raisons sont sociales et politiques. Le refus des violences policières israéliennes, ainsi que la condamnation de l’occupation des territoires palestiniens par Israël, ne sont pas des prises de positions stratégiques mais un choix affirmé.

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Marie LEPAGE

est étudiante en Master de Géopolitique à Paris 8. Elle s'intéresse en particulier au Moyen-Orient, à la politique étrangère de la Turquie et aux problématiques sociales soulevées par les conflits géopolitiques régionaux.

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