L’élection présidentielle met en péril la démocratie sénégalaise

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Les jours passent et se ressemblent en Afrique. Au Sénégal, comme en Côte d’Ivoire l’année dernière, les dernières minutes légales d’un président à bout de souffle au terme de son second mandat se transforment en  longues heures de violence terrible. Abdoulaye Wade, président sortant, ne pouvait, légalement, plus se représenter à la tête de son pays. A 85 ans, sa retraite était méritée. Pourtant, non content de ses douze années de pouvoir, il invita le Conseil Constitutionnel a validé sa candidature à un troisième mandat par une ruse politico-légale que la communauté internationale s’empressa de dénoncer : la mesure de limitation à deux mandats présidentiels ayant été adoptée après que Wade eut effectué son premier, elle ne s’applique pas à lui. Il a décidément envie de prolonger le plaisir.

Le problème central du cas sénégalais est que le président Wade ne désire pas plus se retirer de la vie politique que de laisser un concurrent le remplacer. Le Conseil Constitutionnel sénégalais refusa ainsi la candidature du chanteur Youssou Ndour, candidature qui « enchantait » le peuple sénégalais, au motif que les signatures de parrainage n’étaient pas vérifiables. Néanmoins, l’entrée en politique de l’artiste avait indubitablement ému la population de Dakar où le chanteur a ses réseaux, son groupe de presse et de télévision.  Ce self-made-man incarne un espoir immense pour une population sénégalaise engluée dans un développement économique difficile. Cette éviction choque la population, annihile de nombreuses espérances et déclenche par conséquent de violentes vagues de contestation.

Vendredi, le bilan fut terrible : 1 mort et des centaines de blessés. Le bras de fer est commencé entre un président sortant et un pays fatigué des nombreuses promesses libérales sans lendemain. L’élection de Wade il y a douze ans incarnait à elle-seule, ne l’oublions pas, tous les espoirs démocratiques du continent africain : le passage de la gauche à la droite s’était déroulé sans encombre, et le pays pouvait entrer dans une ère de libéralisme économique, salué par toutes les institutions financières. Le Sénégal semblait avoir fait le plus dur, mais c’était sans compter sur ce fléau africain qui consiste à transformer le renouvellement politique propre à la démocratie en fixité politique propre à la dictature.

Rien ne va plus au Sénégal : longtemps dirigé par l’admirable poète, l’avocat de la négritude, le chantre de l’espoir africain, Léopold Sedar Senghor, ce pays fut l’un des premiers états africains à imposer le pluralisme politique et le renouvellement démocratique. Il n’est pas loin d’être le dernier d’une longue liste d’Etats africains étant revenu sur cette décision.

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