Mali et Sénégal : destins croisés

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Le régime du président malien Amadou Toumani Touré a été renversé par la junte militaire dans la soirée du 21 mars 2012. Il y a quelques semaines la démocratie sénégalaise avait aussi été mise à mal avec l’annonce de la candidature du président sortant Abdoulaye Wade. Le dimanche 25 mars le suspens a pris fin avec l’élection de l’opposant du président : Macky Sall. Deux trajectoires croisées pour les deux Etats de l’Ouest Africain.

Au Sénégal, Macky Sall, après s’être émancipé du Président Wade, vient d’être élu au second tour avec une avance plutôt confortable (les résultats définitifs seront vraisemblablement connus mercredi). L’élan démocratique sénégalais aura donc pris le dessus sur le conservatisme d’Abdoulaye Wade, qui en bon joueur, a salué la victoire de son adversaire.

Le Sénégal unique pays d’Afrique de l’Ouest n’ayant jamais connu de coup d’Etat n’aura donc pas sombré dans la violence et rétablit l’espoir qu’un pays africain puisse impulser un souffle de démocratie au sein de sa population.

A l’inverse, le Mali a connu un putsch dans la nuit du 21 au 22 mars dernier, qui a vu le Président Amadou Toumani Touré, en poste depuis 2002, déchu de son poste. Ce renversement revendiqué par un Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNDRE) a provoqué la fin d’un processus démocratique entamé depuis une vingtaine d’année au Mali. La prochaine présidentielle devait avoir lieu le 29 avril prochain.

Le principal argument des putschistes, menés par le capitaine Amadou Sanogo, pour justifier cette prise de pouvoir est le laisser faire gouvernementale vis-à-vis de la rébellion touareg sévissant au nord du pays. Le nord-est du Mali est en effet sous la menace grandissante de cette rébellion qui sévit depuis mi-janvier. Le pouvoir a mal géré ce phénomène ; en cause la corruption régnant au sein du gouvernement et le manque de soutien à l’armée déroutée face à cette menace touareg grandissante qu’est le MNLA ou mouvement national de libération de l’Azawad.

La contestation d’un pouvoir trop laxiste  s’était faite ressentir en février lorsque, déjà, il y avait eu une tentative de coup d’Etat qui, celle-là, avait été désamorcée. 

La mise en place d’un sommet exceptionnel de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a été enclenché afin de tenter d’apporter des solutions.

L’Afrique de l’Ouest a donc connu en quelques jours des trajectoires bien différentes entre la démocratie sénégalaise renforcée et la perte des illusions démocratiques maliennes. Le manque d’opposition au Mali, au nom d’un consensus démocratique n’aura finalement pas été une stratégie gagnante pour la démocratie. Pendant que la communauté internationale félicitait la victoire de Macky Sall au Sénégal, elle condamnait dans le même temps le coup d’Etat au Mali, énième preuve de l’instabilité politique chronique du continent africain.

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