Terrorisme: nouvel embrasement au Mali

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Alors que la France se retire du Mali en vue d’un possible repositionnement au Niger voisin, les Touaregs craignent un retour des terroristes dans la région nord-est. En effet, depuis début mars l’État islamique au grand Sahara (EIGS) y fait de sanglantes démonstrations de force.

Attaques terroristes sur fond de rivalités ethniques

Depuis le début du mois, la région de Tamalat (nord-est du Mali) est en proie à de violentes attaques terroristes. La zone, frontalière avec le Niger, est majoritairement peuplée de Daoussaks, une faction Touareg de la région de Ménaka. Les assaillants, combattants de l’EIGS, comptent quant à eux de nombreux Peuls.

En effet, l’EIGS, instrumentalise la rivalité historique entre les deux communautés pour trouver de nouvelles recrues. Initialement, en 2012, les Peuls de la région de Gao se sentent menacés par les Touaregs Daoussaks du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad). Certains se rapprochent alors de groupes armés terroristes pour se protéger. D’autres sont motivés par des facteurs économiques, dont le vol de bétail, dans une région particulièrement pauvre et isolée.

Incursions depuis le Niger

Le groupe terroriste, affilié à l’État Islamique, est particulièrement actif au Niger, dans les régions de Tillabéri et de Tahoua. Depuis 2020, ces zones étaient devenues des bases arrière pour faire des incursions dans la région de Ménaka (Mali), passé sous contrôle Touareg. En effet, dès 2017, Barkhane s’entend avec les Forces armées maliennes (FAMAs) et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) pour lutter contre l’EIGS. Ces derniers rassemblant d’anciens groupes rebelles indépendantistes, signataires de l’accord de paix d’Alger (2015) avec l’état Malien. La lutte se fait principalement de Ménaka. L’EIGS doit également faire face aux attaques de son rival, le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda. Face à ces multiples forces armées, l’EIGS avait été repoussé de l’autre côté de la frontière.

Pour rappel, le Mali est en proie à dix ans de conflit armé qui oppose le gouvernement, des groupes djihadistes et des indépendantistes Touaregs. En janvier 2012, des rebelles Touaregs du MNLA et le groupe salafiste Ansar Dine déclenchent la cinquième rébellion touarègue. Rejoints par d’autres groupes terroristes, ils prennent plusieurs villes du nord-Mali dont Ménaka, Tombouctou et Gao. Le 6 avril, le MNLA proclame l’indépendance de l’Azawad (partie nord du Mali). Cependant les groupes se morcellent rapidement et entrent en conflit. En janvier 2013, les djihadistes lancent une offensive dans le centre du Mali, ce qui précipite l’entrée de la France dans le conflit, avec l’opération Serval puis Barkhane.

Les violences de mars

Le 1er mars 2022, l’EIGS assassine Omar Ag Badjat, un officier du Mouvement pour le Salut de l’Azawad (MSA). Le meurtre a lieu dans le village d’Ighaghi proche de Tamalat, à l’est de Ménaka. Le MSA est une scission du MNLA, un des groupes armés issu de l’ex-rébellion qui avait pris le contrôle du nord du Mali en 2012. Des combattants terroristes de l’EIGS sont alors exécutés en représailles.

Le 5 mars, l’EIGS prononce une fatwa qui proclame qu’il est « licite » de verser le sang des Touaregs Daoussaks, de prendre leurs biens et leur bétail. Trois jours plus tard ils lancent une attaque sur la ville de Tamalat. Face à la violence de l’assaut, le MSA se replie et les djihadistes massacrent les habitants. Un communiqué publié le lendemain, fait état de quatre soldats et des dizaines de civils exécutés.

Le 9 mars, le MSA reprend Tamalat mais le conflit se déplace vers le sud. L’EIGS attaque d’abord Inchinane au sud-ouest de Tamalat. Les djihadistes pillent et incendient le village et massacrent de nombreux civils. Trois jours plus tard, le 12, ils prennent la ville d’Anderamboukane, frontalière avec le Niger.

Vide sécuritaire

Ces dernières attaques sont inquiétantes car l’EIGS semble s’être restructuré. Le groupe terroriste avait été sensiblement affaibli suite à la mort de plusieurs cadres de l’organisation en 2021. L’émir Adnan Abou Walid Al-Sahraoui, et le cadre Soumana Boura avaient été éliminées par des frappes françaises.

Ces éliminations ont permis à Iyad Ag Ghali, l’émir du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM), de se positionner en tête du djihad Sahélien. L’année dernière, le gouvernement malien avait par ailleurs évoqué de possibles discussions avec les islamistes armés. Une des conditions posées à toute négociation par le GSIM, était le départ des forces françaises. Reste à savoir quelles seraient les conséquences d’un tel dialogue.

La question se pose également de la stratégie que l’EIGS adoptera face au GSIM, dans un contexte de vide sécuritaire ? De leur côté, les Touaregs indépendantistes, actuellement en charge de la sécurité dans le nord du pays sont peu favorables à l’arrivée du groupe Wagner au Mali. Ce qui laisse redouter de nouveaux affrontements.

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Anastasia Athénaïs Porret

Anastasia-Athénaïs PORRET est doctorante en sociologie et genre à Paris Diderot. Elle s’intéresse particulièrement à la géopolitique du terrorisme, le Moyen Orient, l’Afrique et les enjeux sécuritaires et d’influence.

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