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Le retour de la présence militaire française au Tchad ?

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Après une démobilisation précipitée fin 2024, le soutien militaire français fait un retour discret au Tchad. Ce soutien prend aujourd’hui une nouvelle forme, en écho à la volonté de transformer la doctrine française en Afrique amorcée en 2017 par le président français et réitérée en 2023.

Contexte

armée tchad N'Djaména forces armées militaires
Les forces armées tchadiennes. ©Wikimedia Commons

Le 28 novembre 2024, alors que le ministre des Affaires étrangères français rentrait d’une visite diplomatique au Tchad, le gouvernement de Mahamat Idriss Déby annonçait la dénonciation des accords de défense avec la France. Les troupes françaises sont alors retirées du pays en deux mois. La décision tchadienne est justifiée par une volonté de diversification des partenariats militaires et d’affirmation de sa souveraineté. Ce renvoi abrupt s’inscrit dans un contexte régional de désengagement des troupes françaises au Sahel enclenché en 2022. La présence militaire française avait déjà fait l’objet de contestations par le passé, comme en 2010 lors de l’opération Épervier.

Si d’autres États du Sahel, comme le Mali et le Niger, ont rompu leurs liens à la suite de différends politiques majeurs avec Paris, le Tchad n’était pas dans une dynamique de rupture. Le choix de diversifier ses partenariats, notamment avec la Russie, la Turquie et les Émirats arabes unis (EAU), relève davantage d’une volonté d’ouverture plutôt que d’un rejet de la France. À la différence des États de l’Alliance des États du Sahel (AES), les relations diplomatiques entre Paris et N’Djaména n’ont jamais été rompues. Dans ce contexte, le rétablissement progressif des relations militaires entre la France et le Tchad en 2026 n’apparaît pas incohérent.

En ce sens, le partenariat de coopération militaire franco-tchadien n’était plus en phase avec les besoins des deux parties. Une coopération dans un cadre renouvelé reste possible, dans la mesure où les deux États conservent des intérêts communs.

Des configurations politiques et stratégiques en mutation

Dès son premier mandat, le président Emmanuel Macron affirmait son ambition de transformer la doctrine française en Afrique. La volonté du chef d’État était de renforcer la coopération, tout en réduisant les effectifs militaires français mobilisés sur place. Le rejet des troupes françaises en Afrique a donc accéléré ce processus. En parallèle, le président français souhaite équilibrer ses relations sur l’ensemble du continent africain, en réduisant progressivement le lien avec les anciennes colonies. Il entend renforcer la coopération avec les États non-francophones, à l’instar du Kenya, dont la capitale Nairobi a accueilli le forum Africa Forward en 2026.

De son côté, le Tchad vit une forme de désillusion. Le pays fait face à des difficultés croissantes sur le plan sécuritaire, en particulier autour du lac Tchad et de ses frontières avec le Soudan (au Darfour) et au nord du pays. En parallèle, les nouveaux partenariats militaires n’apportent pas tout à fait les résultats escomptés. L’armée tchadienne ne réussit pas à mettre en place un système aérien efficace. En témoigne le cas des drones turcs, qui devaient étoffer les défenses aériennes tchadiennes mais se révèlent trop coûteux pour N’Djaména.

Ainsi, la rupture opérée en 2024 ouvre la voie à une relation alignée sur les orientations politiques actuelles des deux États.

Vers un nouveau cadre de coopération militaire

La visite du président tchadien à l’Élysée fin janvier 2026 met en évidence l’approfondissement des relations entre les deux États. Les annonces qui ont suivi traitent de divers aspects des relations bilatérales, tels que la coopération économique et financière. Un nouveau partenariat militaire, plus discret, est également à l’ordre du jour. Les ministres des Armées français et tchadien ont eu l’occasion d’échanger à ce sujet lors du salon Eurosatory en juin dernier.

Ainsi, s’agissant de la coopération militaire renouvelée, le soutien français devrait mettre l’accent sur le renseignement et la formation. Seul un déploiement limité des troupes est actuellement envisagé. Pour le Tchad, l’ambition est de développer les compétences de son personnel militaire, sans dépendre indéfiniment de la présence française. De son côté, la France aimerait retrouver un accès à la base Sergent-Adji-Kossei de N’Djaména, rétrocédée en 2025. En parallèle, le Tchad représente un marché intéressant pour les industriels français de la défense. En formant l’armée tchadienne sur du matériel français, Paris s’assure une relation commerciale privilégiée dans ce secteur. Déjà, l’État africain envisagerait d’investir dans des hélicoptères et aéronefs français.

Perspectives

La présence française pré-2025 au Tchad ne répondait plus aux réalités politiques et sécuritaires du moment. Avec son retour militaire discret, Paris propose une nouvelle façon de coopérer, sans empiéter sur la souveraineté du gouvernement tchadien. Ce partenariat militaire lui permet de retrouver une place, certes modeste, dans la région. Pour N’Djaména, le retour à la coopération avec son partenaire historique risque cependant de compliquer ses relations avec les États de l’AES.

Deux facteurs principaux pourraient transformer la coopération renouvelée à court ou moyen terme. Les élections présidentielles françaises de 2027 d’une part, qui pourraient rebattre les cartes de la position française en Afrique. D’autre part, l’évolution sécuritaire au Tchad et dans la région du Sahel, qui reste incertaine.

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Maryse Turcas

Maryse Turcas est diplômée d'un Master 2 en science politique parcours Sécurité Globale : Analyste Politique Trilingue (anglais-espagnol) de l'Université de Bordeaux. Elle s'intéresse particulièrement aux Caraïbes et à l'Afrique subsaharienne.

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