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Syrie post-Assad : la normalisation au prix des exactions

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Le 8 décembre 2024, Damas tombe. Les Syriens et Syriennes prennent les rues pour fêter la chute du régime dictatorial et répressif de Bachar Al Assad. La défaite du régime, enlisé dans une guerre civile depuis 2011, s’explique notamment par le détournement de ses alliés. L’Iran et la Russie, mobilisés sur d’autres fronts, ont laissé Damas sans soutien. Cette fragilité a permis à Hayat Tahrir al-Cham [1], à la suite d’une offensive militaire éclair, de prendre les rênes du pouvoir, plaçant à la tête du pays le président Al Charaa.

Tout l’enjeu du gouvernement de transition est de reconstruire le pays détruit, après treize années de guerre civile. Selon la Banque mondiale, le coût de la reconstruction s’élève à 400 milliards d’euros, tandis que neuf Syriens sur dix vivent aujourd’hui dans la pauvreté. Pour espérer attirer investisseurs et prêts, la normalisation des relations avec la communauté internationale est donc cruciale pour Al Charaa. Encore faut-il que la Syrie la convainque de sa capacité à bâtir une gouvernance inclusive et plurielle.

Une inclusion confessionnelle de façade

Carte de la Syrie.
Carte de la Syrie.

Au premier abord, le pays se dote d’un gouvernement inclusif, souhaitant représenter la pluralité confessionnelle du pays. Contrairement au gouvernement provisoire, exclusivement composé des proches d’Al Charaa, la nouvelle composition intègre une pluralité confessionnelle. Présentée fin mars 2025, elle inclut :

  • un druze, Amgad Badr, à la tête du ministère de l’agriculture,
  • une laïque d’origine chrétienne, au poste de ministre des Affaires sociales, Hind Kabawat,
  • un alaouite, Yarub Badr, nommé ministre des Transports.

Grâce à ses efforts d’inclusion, la Syrie amorce sa normalisation sur la scène internationale. En effet, le 8 juillet 2026, les États-Unis retirent la Syrie de la liste des pays soutenant le terrorisme. L’Union européenne et la Grande-Bretagne ont également levé, l’année précédente, une partie importante des sanctions qu’elles avaient imposées à la Syrie.

Des exactions systématiques contre les minorités

Mais cette image d’ouverture confessionnelle n’est qu’une façade face à un régime vertical que tente d’imposer Al Charaa. Tout d’abord, Al Charaa n’a pas nommé de premier ministre, élargissant d’autant son pouvoir présidentiel. Ensuite, selon l’article 7.1 de la Constitution provisoire promulguée en mars 2025, l’État criminalise tous les appels à la division et à la sécession. Alors, pour tenter de récupérer les régions qui échappent à son contrôle, les forces gouvernementales entreprennent des campagnes militaires. Celles-ci sont marquées par des exactions systématiques, entraînant le massacre de civils.

La communauté alaouite, dont est issue la dynastie Assad, a subi de violentes exactions dans la région de Lattaquié dès mars 2025. Des milices, affiliées au gouvernement, ont tué plus de 100 personnes, provoquant l’exode de centaines de familles dans le nord du Liban. En effet, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme évoque près de 1500 morts. Également, depuis juillet 2025, les druzes de Soueïda font face à une série d’exactions :  enlèvements, pillages, violences sexuelles et sexistes sur les femmes et les filles, impliquant des forces gouvernementales, selon les experts de l’Organisation des Nations Unies (ONU) [2]. Pour l’activiste et universitaire franco-syrien Firas Kontar, « tout l’appareil sécuritaire syrien repose sur une milice confessionnelle ». Dans un pays où les tensions confessionnelles sont immenses, cela entraîne une escalade de violences que l’État se montre incapable, ou peu désireux, de contenir.

Enfin, début janvier 2026, Damas reprend l’autonomie kurde du nord-est, le Rojava, mettant fin aux aspirations d’autodétermination du peuple kurde. L’administration autonome ne conserve plus que Kobané, Hassaké et Qamechli. Elle est désormais privée des ressources pétrolières et gazières nécessaires à son autonomie. Cependant, les puissances occidentales, autrefois alliées des Kurdes lors du combat contre Daech en 2014, ne réagissent pas à la reprise du Rojava par Damas. Leur préférence pour les puissances régionales, Turquie en tête, relègue le droit des peuples au second plan. En effet, pour les pays occidentaux, les intérêts économiques sont considérables. Lors de son séjour à Damas, le président Macron s’est déplacé aux côtés du président-directeur général de TotalEnergies, illustrant l’enjeu de la reconstruction du pays pour les grands groupes français.

Reconstruction et impunité: l’impasse de la justice transitionnelle

En fin de compte, les sanctions économiques passées ont pesé, avant tout, sur le peuple syrien. Alors, le 25 juillet 2026, Antonio Guterres [3] appelle « la communauté internationale à ne ménager aucun effort pour soutenir le peuple syrien ». Cette reconstruction urgente s’accompagne néanmoins d’un besoin de justice transitionnelle. Toutefois, le droit interne syrien n’a pas de définition des crimes internationaux. Selon Jeanne Sulzer [4], les auteurs ne pourront donc pas être jugés à la hauteur des crimes commis. Si une véritable justice transitionnelle voit le jour, certains membres du gouvernement actuel pourraient être jugés pour des crimes qu’ils sont censés réprimer.

 

[1] Groupe rebelle islamiste de la guerre civile syrienne.

[2] Ce sont des experts indépendants des droits de l’homme nommés par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.

[3] Secrétaire général de l’ONU.

[4] Avocate et membre de la commission justice internationale de l’organisation non-gouvernementale Amnesty International.

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Lylia Aidoudi-Souissi

Étudiante en Master Relations Internationales du Moyen Orient à l'Université de Genève, je suis passionnée par les enjeux et dynamiques socio-politiques et économiques de cette région.

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