Le Président Paraguayen sur un siège éjectable

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Le président Fernando Lugo, premier politique de gauche à accéder au pouvoir depuis 61 ans est sur la sellette. Il a perdu l’appui de ses alliés et fait face à une mutinerie qui pourrait le voir destituer du pouvoir suprême.

Il y a une semaine, un épisode de violence qui s’est terminé avec le décès de sept policiers et neufs “paysans” a remis en cause l’autorité du président Fernando Lugo, alors que celui-ci effectue son ultime année de mandat, débuté en 2008. Après cette épisode dramatique, les députés ont décidé d’intenter un procès au président.  L’objectif est de déterminer s’il est responsable de l’affrontement. L’attaque a vu 300 policiers tenter de déloger par la force une soixantaine de paysans en révolte.

Pourtant le président avait pris ses responsabilités en limogeant le ministre de l’intérieur Carlos Filizzola et le commandant de Police, Paulino Rojas. La loi établit que le processus de destitution ne peut commencer seulement après une accusation formulée par la Chambre des députés, qui doit être approuvée aux deux tiers. Hier ce sont 76 députés qui votèrent contre le président. Seul un lui apporta son soutien et trois étaient absents. Après avoir pris connaissance du vote, Lugo a déclaré, depuis le palais présidentiel, qu’il ne pensait pas démissionner. Dans un message télévisé, il a affirmé qu’on dérobait la souveraineté du peuple qui l’avait élu en 2008. Afin d’éviter que ce procès ait lieu trop tôt et qu’il puisse préparer sa défense, son avocat a déposé un recours d’inconstitutionnalité devant la Cour Suprême, instance la plus puissante de l’appareil judiciaire. Cette démarche n’a pour but que de repousser un procès, et non de l’annuler, étant donné que ce phénomène de destitution est inscrit dans la Constitution de 1992.

Selon le Président, le pays est en train de vivre un « coup d’État express ». Il apparaît que seul le peuple pourrait renverser la vapeur une faveur d’un président devenu bien esseulé en quelques jours seulement. Si le Sénat déclare coupable Fernando Lugo, il devra céder sa place à Federico Franco, l’actuel vice-président. Cet isolement en interne contraste toutefois avec des voix venues de l’extérieure qui se sont faites entendre ces derniers jours.

L’Union sud-américaine des nations (Unasur), à travers ses huit principaux ministres des Affaires étrangères, a annoncé sa volonté de voir le président rester à son poste. Lors d’une réunion extraordinaire de l’Organisation des Etats américains (OEA), consacrée à cette crise, Le Venezuela, le Nicaragua et la Bolivie ont dénoncé un “coup d’Etat déguisé”. Quant aux Etats-Unis, ils ont réagi plaidant un respect scrupuleux du jugement politique instauré par le Congrès du Paraguay. Il faut maintenant espérer que la pression des gouvernements extérieurs puisse plaider en faveur d’un président confronté à un renversement qui, bien que Constitutionnel, se rapproche dangereusement d’un tour de force manipulé de toutes pièces pour l’éjecter du pouvoir.

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