Les oubliés de Sandy

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Face à la nature et aux catastrophes climatiques, les hommes ne sont pas égaux. Les médias du monde entier ont  aujourd’hui les yeux rivés sur New York et ses rues inondés par Sandy. Mais l’ouragan n’a pas dévasté que la Grosse Pomme.

Sandy est aussi passée en Mer des Caraïbes, à Haïti, qui peinent encore à se relever des séismes meurtriers de 2010, et à Cuba. Dans ces îles où la pauvreté est endémique et où les gouvernements n’ont ni  les moyens  de prévenir ni de répondre aux catastrophes climatiques, les dégâts ont des conséquences dramatiques.

Pourquoi les médias n’ont pas fait échos du drame humain qui se joue en mer des Caraïbes ?

Tout d’abord pour des raisons économiques. New York est le centre névralgique de l’économie mondiale. Une journée de fermeture du New York Stock Exchange, couplée à un arrêt de travail dans les gratte-ciels de Manhattan, l’un des centres du système mondial, et c’est l’économie du monde entier qui en subit les conséquences. C’est la dure loi d’une économie globalisé, le village-monde dans son ensemble ressentant les effets de catastrophes ayant lieu à des milliers de kilomètres. En revanche, les aléas des économies de Cuba et Haïti, deux périphéries non intégrées à l’espace-monde, n’ont aucun impact sur le fonctionnement de la Triade. Leur seul pouvoir est pour l’instant celui de nuisance, de par la multiplicité des zones de non-droit et des trafics illégaux qu’elles génèrent. Pousser le raisonnement reviendrait presque à considérer ces catastrophes – qui diminuent la capacité de nuisance de ces zones grises – comme un bienfait pour l’économie mondiale….

Une autre raison est plus irrationnelle, et renvoie à la « civilisation de l’empathie », telle que la décrit Jérémy Rifkin. Les Hommes ont cette inclinaison naturelle à éprouver de l’empathie pour autrui. Plus la personne nous semble proche, et plus ce sentiment est fort, c’est le syndrome du  « ce pourrait être moi ». Lorsque l’identification devient plus difficile, l’empathie laisse place à la pitié, qui permet de mettre de la distance entre soi et les victimes. Ainsi, les catastrophes climatiques en Amérique centrale,  qui sont des  événements récurrents, mais difficilement appréhendable  de notre point de vue occidental, sont couvertes par les médias de manière objective, presque distante. Ainsi, le rôle de ces derniers n’est pas neutre. Le traitement de l’information influe sur la manière dont elle est perçue par le récepteur. Dans le cas de Sandy à New York, l’afflux d’images de rues inondées et de témoignages d’habitants enfermés dans les tours, ont poussé le téléspectateur occidental à s’identifier aux victimes.

Les catastrophes naturelles peuvent frapper virtuellement n’importe qui, à une intensité imprévisible. Le risque est a priori le même pour tous, mais les conséquences varient considérablement selon le degré de développement du pays.

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