Quatre leçons sur les coupes budgétaires américaines

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Après des semaines de criailleries, outrages et clabauderies, un coup de massue assomme l’Oncle Sam : les coupes budgétaires automatiques (« sequestration ») sont mises en place à compter du 1er mars 2013 aux Etats-Unis. Les USA n’échappent pas à l’austère vague de rigueur pour rééquilibrer des comptes publics détériorés par des années de gestion économique rythmées aux basses du déficit extérieur et de la dette publique. Les négociations sur le plafond de la dette d’août 2011 avaient déjà repoussé l’échéance en décembre 2012 lorsque la magie de Noël (ou la peur du « fiscal cliff ») offrit au gouvernement un répit de deux mois.

Cette fois-ci, l’échec du « super comité » bipolaire à trouver un accord sur un plan de sauvetage fiscal aboutit à la coupe irréversible de 230 milliards jusque 2014 sur un budget de 3 800 milliards de dollars. Goutte d’eau dans l’océan des 14 764 milliards de dette fédérale mais goutte acide sur des classes moyennes américaines à fleur de peau. La fonction publique et la défense seront d’ailleurs les premières victimes de cette décision politique subie. 800 000 salariés pourraient voir leurs horaires de travail (donc leur salaire) substantiellement diminuer. La Maison Blanche ne vient-elle pas d’annoncer sa fermeture aux visites touristiques ?

De cette fatale nouvelle il convient de tirer quatre leçons :

1)      Le clivage politique entre Républicains et Démocrates s’agrandit à mesure que la cohabitation perdure. Ce fossé béant entre deux visions de la société avive les tensions entre les diverses franges de l’opinion. Au bord des abîmes de la récession, aucun consensus national n’eut lieu : les intérêts politiques ont primé sur les intérêts nationaux.

2)      Ces réductions vont affecter la croissance américaine à court-terme. La baisse des dépenses réelles, évaluée à 65 milliards de dollars pour 2013, représente 0.4 point du PIB. Avec un multiplicateur budgétaire de 1, le FMI évalue l’impact de ces dépenses à une baisse de croissance de 0.4 point.

3)      Le rognage du budget de la défense marque le retour à l’isolationnisme américain ou à son nouvel avatar, que Sylvain Zuber dans son dernier article appela « l’interventionnisme par alliés interposés ». Après les échecs relatifs en Afghanistan et en Irak, les USA ont-ils peur d’agir dans un monde incertain ou sont-ils incapables de le faire financièrement ? Quels impacts cette politique aura-t-elle sur la gouvernance mondiale à l’heure du passage d’un monde polaire (compétitions entre un nombre limité de pôles) à un monde non-polaire (profusion d’acteurs aux différents degrés de puissance).

4)      Malgré les conséquences négatives sur la croissance et les incertitudes politiques et géopolitiques que cette décision engendre, le Dow Jones a atteint aujourd’hui son record historique à 14 254 points. Le regain de confiance des investisseurs à l’heure des incertitudes économiques montre le décalage entre économie fictive, tirée par la liquidité abondante et la recherche de rendements élevés et économie réelle aux fondamentaux fragiles. Décalage qui marque non pas la fin d’une crise, mais probablement le début d’une nouvelle bulle.

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