Fin du dernier psychodrame budgétaire américain, une confiance à jamais perdue ?

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« Cela sera un Vietnam parlementaire ! », c’est en ces termes que l’opposition républicaine avait qualifié sa position à l’encontre de l’administration Obama après les élections fédérales de 2010. Chaque discussion sur le budget de l’Etat fédéral ainsi que sur le relèvement du plafond de la dette tourne au cauchemar. La récente crise sur le relèvement du plafond de la dette, doublée d’un shutdown, commence sérieusement à éroder le capital-confiance du premier émetteur de titre de dette au monde. Les emprunteurs supporteront-ils ces crises longtemps ?

C’est la troisième crise portant sur le relèvement du plafond de la dette depuis 2010 et elles deviennent de plus en plus fréquentes : la dernière avait eu lieu fin 2012 et la précédente mi-2011. A chaque fois, la majorité républicaine à la chambre des représentants refuse de voter l’extension du plafond de la dette et un compromis est toujours trouvé in extremis. Ces blocages ont tous la même origine : l’intransigeance du mouvement d’extrême droite libertaire « Tea Party ». Ce mouvement possède peu de représentants mais une forte influence sur le terrain et menace ainsi tous les élus républicains qui ne suivraient pas leur ligne d’une cinglante défaite aux prochaines élections. Le parti républicain tout entier, et par extension la chambre des représentants vote donc dans le sens du Tea Party.

Or le calendrier politique a fait coïncider le vote sur le relèvement du plafond de la dette avec celui du budget dans lequel se trouvait la loi de santé couramment appelée « Obamacare », honnie par le Tea Party. Le Tea Party était même allé jusqu’à saisir la cours suprême (à majorité républicaine) pour faire supprimer cette loi, peine perdue. Ils ont donc saisi l’occasion de faire du chantage au gouvernement en lui demandant de choisir entre l’Obamacare et l’effondrement économique du pays. Le bras de fer a duré jusqu’au bout et le Tea Party a finalement cédé.

Les dégâts restent colossaux, non seulement à cause du shutdown qui a coûté 0.3 points de croissance (soit 12 milliards de dollars), mais aussi en termes politiques pour toute la classe politique américaine.

Les américains n’ont pas particulièrement foi en leurs politiques mais cette crise a empiré ce fait et la défiance est désormais flagrante dans une part majeure de la population. De plus la confiance dans le dollar s’affaiblit. Si demain le gouvernement peut se déclarer en faillite comment faire confiance en achetant des bons du trésor et du dollar ? Pour l’instant les investisseurs font encore confiance  au gouvernement américain mais de plus en plus de créanciers commencent à penser à mettre leurs billes ailleurs comme en Chine ou en Europe où la crise Grecque passe pour un épiphénomène à côté du grand huit émotionnel de ces dernières semaines.

Enfin, le poids de la dette et ses perspectives achèvent de donner à ce genre de crise un caractère chronique qui dépasse le simple problème du Tea Party. Les Etats-Unis ont beau être à l’heure de la reprise économique, le dollar devient de plus en plus une monnaie par défaut qu’une monnaie de confiance.

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