Le Venezuela vers une sortie de crise ?

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La contestation sans précédent qui secoue le pays depuis le début du mois a débuté après l’agression d’une étudiante à San Cristobal.  Cette crise témoigne d’une part de l’essoufflement du chavisme et de la difficile succession assurée par Nicolas Maduro, et d’autre part de la dégradation des conditions socio-économiques du pays dont l’inflation est supérieure à 50% et où l’insécurité ne cesse de s’accroître.

L’attaque du siège du gouvernement de l’Etat de Tachira mi-février et les violences entre les différents groupes étudiants ont constitué un tournant vers une radicalisation de la contestation. Depuis des heurts opposent régulièrement manifestants et forces de l’ordre : on dénombre plus de dix morts,de nombreux blessés et une centaine d’interpellations à ce jour. Ce mouvement constitue une aubaine pour l’opposition qui peine à canaliser le mécontentement. Henri Capriles, candidat malheureux aux élections d’avril 2013 et à la tête du MUD (Table de l’Unité Démocratique) a néanmoins averti que si le contexte prêtait à une plus grande adhésion aux idées de l’opposition il n’était pas encore question de forcer le départ du gouvernement. La réaction du pouvoir a été de mobiliser le peuple au sein d’un « rassemblement pour la paix et contre le fascisme » tout en accusant l’opposition de fomenter les violences dans une logique de coup d’Etat. Un plan contre la violence a été proposé par N. Maduro comprenant un renforcement des patrouilles de police et le désarmement de la population, mais aucune mesure économique structurelle n’a été présentée pour l’instant.

Entre censure et internationalisation du conflit : quelle place pour l’apaisement des tensions ?

Reporters sans frontières et d’autres associations ont par ailleurs pointé du doigt le développement le blocage de la diffusion de photos des manifestations sur les réseaux sociaux  et à la télévision. Le pouvoir semble de plus tenter d’étouffer la contestation en l’inscrivant dans une rhétorique anti-américaine ancienne. Les Etats Unis et la Colombie sont ainsi accusés de soutenir ce « coup d’Etat »  et le Venezuela dénonce la couverture biaisée qui serait faite par les médias colombiens et CNN dépeignant un pays au bord de la guerre civile. La dimension internationale de la crise a de plus été accentuée par l’ultimatum imposé mi-février par le président à trois agents consulaires américains accusés de complot de quitter le territoire. L’objectif final serait pour les Etats Unis, toujours selon le gouvernement, de reprendre la main sur les ressources pétrolières du pays.

A la recherche d’une sortie de crise, un dialogue national a débuté aujourd’hui afin de créer une conférence de paix et une commission de vérité sera mise en place dans l’objectif de faire la lumière sur les violences. Dans cette logique, un ambassadeur aux Etats Unis va être nommé – il n’y en a plus depuis 2010 – afin de renouer le dialogue. Ces mesures, si louables soient elles, doivent encore prouver leur efficacité. Henrique Capriles a par exemple refusé de participer au Conseil fédéral du gouvernement en réaction à l’aggravation de la répression. Ce dernier a plutôt proposé une médiation de l’Eglise, ainsi que la libération des opposants comme  le leader de Voluntad Popular Leopoldo Lopez, afin qu’un réel dialogue ait lieu. La sortie de crise, si elle semble être amorcée, nécessitera un dialogue de fond remettant en question les méthodes et finalités du chavisme au regard de ses résultats socio-économiques.

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