Obama : “we did it”, vraiment ? (2/2)

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Le bilan social et économique du 44e président américain demeure globalement positif, même si bon nombre des espoirs placés en lui au moment de son élection ne se sont pas suivis des faits. Au niveau international, l’empreinte d’Obama restera modeste, les États-Unis ayant été plus dans la réaction que dans l’action sur bon nombre de sujets.

Qu’attend-on d’un président de la première puissance mondiale ? Un activisme débordant ? Certainement pas, et l’expérience bushienne l’a bien montré. Un retrait isolationniste ? Probablement pas non plus, et l’expérience trumpiste nous le montrera. Un juste milieu ? Oui, certainement, mais Obama n’a pas abattu les bonnes cartes.

Dire que la normalisation avec Cuba restera comme son grand fait d’armes géopolitique, c’est ne pas être loin de la vérité. L’arrêt d’un blocus d’un autre temps, des politiques d’accueil favorables aux Cubains sont les clés du rapprochement progressif du régime castriste avec l’ancien grand ennemi américain. D’autres sujets sont également à mettre à l’œuvre d’Obama. Son activisme sur le front environnemental est à souligner, à rebours de présidents très proches des grandes entreprises pétrolières du pays. Cependant, il reste desservi par le simple fait d’être le président de la première puissance polluante (par habitant). L’accord sur le nucléaire iranien, probablement historique, est également à mettre à son crédit, malgré sa portée plus que limitée.

Le reste du bilan géopolitique est critiquable. Certes, il a été desservi par l’obtention d’un Prix Nobel de la paix dès son arrivée. Ceux qui l’imaginaient ainsi en grand pacificateur en ont eu pour leurs frais. Au Moyen-Orient, son discours fondateur, celui du Caire en 2009, jetait les bases d’un reset des relations entretenues par l’Amérique avec la région. Il n’en fut rien. L’utilisation massive des drones sur les fronts syriens et irakiens a eu la même empreinte négative que les excès guerriers de la présidence Bush. Il est surtout resté observateur plus qu’acteur des printemps arabes et de leurs conséquences, si bien que sa trace au Moyen-Orient restera assez faible, là où tant de prédécesseurs avaient voulu laisser leur empreinte dans l’histoire en y faisant et défaisant les régimes. Le grand échec d’Obama restera le front syrien : voulant à tout prix, comme ses confrères européens, en finir avec Al-Assad au plus vite, il a commis une erreur majeure. Al-Assad n’a pas été abandonné par ses alliés historiques, la Russie et l’Iran, là où Kadhafi en Libye et Moubarak en Egypte ont été très rapidement vaincus par manque de soutiens interne et externe. Pire encore, il ne respecta jamais sa parole lorsqu’il n’intervint pas après qu’Al-Assad dépassât effectivement la « ligne rouge » avec l’utilisation d’armes chimiques contre son peuple.

Avoir Trump pour successeur, n’est-ce pas là le principal échec de Barack Obama ?

Plus généralement, la doctrine Obama en matière de politique étrangère reste assez opaque pour bon nombre de spécialistes, mis à part l’énergie qu’il a mise à pousser vers l’est le pivot géopolitique américain. La Chine, et surtout la Russie, ont profité des doutes stratégiques américains pour étendre leur influence, la première en Asie, la dernière au Moyen-Orient et en Europe de l’est.

Alors oui, le bilan de huit années de présidence Obama n’est pas aussi rose que l’on pouvait le penser. Son charisme et son style resteront les pierres angulaires d’une Amérique plus ouverte et apte au consensus qu’auparavant, surtout dans une période plus que troublée au niveau international. Les derniers jours de son mandat, marqués par une abstention sur un vote important à l’ONU sur la colonisation israélienne, la libération de Chelsea Manning, auparavant grand ennemie de l’Etat, ont été assez surprenants. Mais il y a cette vérité, incontestable : les mandats d’Obama n’ont pas produit Trump, mais ils y ont contribué.

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