Costa Rica: le modèle de la démocratie verte

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Le Costa Rica se distingue sur la scène internationale par des choix très forts et novateurs en matière de politique énergétique et environnementale. Arrêt total de sa production pétrolière, production d’électricité issue à 100% de source renouvelable, plans de reforestation, protection et valorisation de son patrimoine naturel…le Costa Rica est exemplaire sous bien des aspects. Quelles leçons pouvons nous tirer des succès environnementaux de ce petit pays d’Amérique centrale?

Comment le Costa Rica est-il parvenu à de tels succès environnementaux ?

Le pays dispose avant tout de conditions topographiques et climatiques exceptionnelles, qui favorisent l’implantation et la production d’énergies renouvelables. Le Costa Rica bénéficie en effet d’un climat tropical, avec de forts taux d’humidité et des saisons de fortes pluies, ce qui favorise la production hydroélectrique (65, 5% de la production énergétique du pays)[1]. Le pays a installé une vingtaine de centrales hydroélectriques, qui alimentent la plaine centrale de San José, la capitale. La géothermie est également très présente (15,1% de la production énergétique du pays) car le Costa Rica bénéficie de nombreux volcans (116 au total, dont 5 encore en activité) et transforme la chaleur émise du sous-sol en énergie (le pays dispose de 4 centrales sur les flancs de volcans, dont deux sur le Rincon de la Vieja, au Nord du pays).  La géothermie présente une source d’énergie fiable et constante, qui lui permet de pallier les défaillances de production renouvelable, trop sensibles aux aléas climatiques.  Enfin, le Costa Rica est également présent sur le secteur éolien et a installé une dizaine de fermes éoliennes dans le pays. Il en résulte que l’énergie produite au Costa Rica provient à 100% de sources renouvelables, un record unique au monde.

Sur le plan économique, le succès de la transition énergétique du Costa Rica s’explique par une ouverture contrôlée de son économie. Le Costa Rica a en effet entrepris dès les années 1990 l’ouverture du secteur énergétique à des entreprises privées, tout en limitant leur participation à 30% de la capacité de production. Le marché de l’énergie reste régulé par l’Etat (via l’ICE, Instituto Costarricense de Electricidad), et l’énergie demeure un service public tout en étant un secteur hautement compétitif. En résulte un taux d’interconnexion des foyers au réseau électrique de près de 100%, faisant du Costa Rica le pays avec la meilleure couverture électrique d’Amérique latine[2].

Mais les succès environnementaux du Costa Rica résultent avant tout de choix politiques forts et pionniers. En 2011, le Gouvernement de San José a décrété un moratoire temporaire sur l’exploration et l’exploitation des réserves pétrolières, pourtant nombreuses, de son sous-sol. Initialement prévu pour une durée de 3 ans, le moratoire a été reconduit en 2014, et ce de manière définitive. Dans une zone où le pétrole abonde (golfe du Mexique, Venezuela), un tel choix politique s’inscrit à contre-courant des stratégies énergétiques des pays d’Amérique centrale et le Costa Rica demeure le seul pays de la zone à atteindre son indépendance énergétique. Au-delà des restrictions, la politique de San José se traduit par de véritables soutiens à la transition énergétique et à la protection de l’environnement. Entre 1950 et 1980, le Costa Rica a perdu 50% de son couvert forestier. Conscient des risques environnementaux liés à l’exploitation forestière, le pays s’est lancé dans les années 1980 dans un vaste programme de reforestation. Ce programme a été renforcé en 1996 avec la mise en place d’un plan de compensation financière pour toutes les personnes qui se lancent dans un programme de reforestation. Enfin, le gouvernement a pris conscience de l’importance de protéger son patrimoine naturel et de son incroyable diversité floristique et faunistique : aujourd’hui, plus du quart de son territoire est une zone protégée.

Le modèle du Costa Rica est-il reproductible ?

Unique pays au monde à atteindre 100% de production énergétique provenant de source renouvelable, le Costa Rica est incontestablement un modèle à suivre. Cependant, le Costa Rica est un petit pays (51 100 Kms²) disposant d’un foyer de consommateurs relativement limité (moins de 5 millions d’habitants) ce qui rend possible la mise en place d’un modèle de production énergétique basé exclusivement sur les renouvelables. Par ailleurs, l’économie du Costa Rica est principalement orientée vers l’agriculture (fruits, café) et le tourisme (8,1% de son PIB en 2005) ou encore l’industrie de pointe (composants informatiques et aéronautiques) et ne possède peu d’industries consommatrices d’énergie. Le Costa Rica ambitionne par ailleurs de devenir le premier pays neutre en émissions de C02 à horizon 2021 –à titre de comparaison, l’Union européenne, s’est fixée comme objectif une réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre à horizon 2030, une part de 27% d’énergie produite de sources renouvelables. Si l’Union européenne, plus peuplée, plus urbanisée et plus industrialisée ne peut être comparée avec le Costa Rica, un tel écart entre les deux indique que le modèle costaricain est difficilement reproductible à plus grande échelle.

Au-delà du degré technique de reproductibilité, le succès du Costa Rica s’explique avant tout par un volontarisme politique, issu d’une véritable stratégie de long terme et incluant la société civile dans son ensemble. Depuis 1948, le Costa Rica est un des rares pays du monde à ne plus disposer de forces armées, ce qui lui a permis de financer ses réformes sociales (santé et éducation, qui représentent aujourd’hui près du la moitié de son budget) et lui permet de disposer de fonds nécessaires pour financer sa transition énergétique. La réussite de la transition énergétique au Costa Rica s’est accompagnée d’objectifs sociaux et environnementaux ambitieux incluant la société civile dans son ensemble, “bien avant que le changement climatique devienne une préoccupation mondiale”[3] 

 

 

[1] International Energy Agency, Key World Energy Statistics 2016

[2] Frédéric Saliba, 2015, Au Costa Rica, 98,7% de l’électricité produite est “verte”, Le Monde, 20/10/2015

[3] Gilberto de la Cruz, Directeur de la planification de l’ICE à San José, Frédéric Saliba, 2015, Au Costa Rica, 98,7% de l’électricité produite est “verte”, Le Monde, 20/10/2015

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