Elections législatives 2020 au Venezuela : nouveau tournant dans la crise vénézuélienne ?

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Le dimanche 6 décembre 2020, les électeurs vénézuéliens étaient appelés à se rendre au bureau de vote afin de renouveler les 277 députés de l’Assemblée nationale du Venezuela. Comme attendu, les résultats donnèrent pour grand vainqueur le Parti Socialiste Unifié (PSUV) du Président Nicolás Maduro. Cependant, ces élections furent marquées par un taux de participation historiquement bas (31%). Le leader de l’opposition, Juan Guaidó, a lancé une consultation populaire appelant à réorganiser des élections « justes et libres ». Récit de cette nouvelle escalade dans le bras de fer entre le pouvoir chaviste et l’opposition.  

Le leader de l'opposition Juan Guaido
Le leader de l’opposition Juan Guaido a lancé dès lundi 7 décembre 2020 une « consultation populaire » afin de réorganiser des élections

« Nous avons entamé une nouvelle phase de reconstruction du Parlement et de redressement de notre pays. Une nouvelle Assemblée nationale est née, une nouvelle source d’espoir, un grand changement et je me mets au service de cette nouvelle Assemblée nationale » s’est réjoui le président vénézuélien en fonction, Nicolás Maduro, sur les antennes de la télévision nationale Telesur juste après que le Conseil National Électoral (institution chargée de garantir et superviser le déroulement des processus électoraux au Venezuela au niveau tant national que local) consacra la victoire du Président aux élections législatives organisées ce dimanche 6 décembre.

Nicolas Maduro, président en poste depuis 2013, a en effet de quoi se réjouir. Son parti du PSUV, soutenu par la coalition de partis pro-gouvernementaux du Grand Pôle Patriotique (Gran Polo Patriótico Simón Bolívar), a obtenu 68,43% des 6,2 millions de suffrages exprimés. Il s’arroge ainsi d’un peu plus des deux tiers des sièges au Parlement. Mais surtout, Nicolás Maduro s’empare de la dernière institution démocratique qui échappait à son pouvoir. L’Assemblée Nationale, dont Juan Guaidó est le président, était aux mains de l’opposition depuis 2015. Désormais, Nicolás Maduro a en son pouvoir tous les leviers institutionnels du pays, du Parlement à l’armée, son principal soutien.

Une victoire en trompe-l’œil

Cependant, les mines réjouies que Nicolás Maduro et ses fidèles s’efforcent d’afficher à la télévision nationale peinent à camoufler les limites de cette victoire pour le moins en trompe l’œil du parti au pouvoir. Pour cause, le taux de participation (31%) a été le plus bas taux de participation enregistré depuis 1958 et le début de l’ère démocratique au Venezuela. Contrastant amplement avec les dernières élections législatives de 2015 pour lesquelles le taux de participation avait été de 71%. Premier élément d’explication : les principaux partis d’opposition, notamment par la voix du président de l’Assemblée nationale Juan Guaidó, avaient appelé au boycott de ces élections. Les quatre principaux partis d’opposition soutenant Guaidó (Primera Justicia, Voluntad Popular, Nuevo Tiempo, Acción democrática) ont ainsi refusé de participer au scrutin. Ils dénoncent des élections  « illégitimes » car « non libres » et « non transparentes ». Dans le même sens, les États-Unis ont annoncé qu’ils ne reconnaissaient pas les résultats de ces élections. L’Union Européenne, par la voix de son Haut représentant pour les affaires étrangères, Mr. Josep Borrell, a demandé que ces élections soient reportées, ayant considéré que les conditions d’un scrutin transparent et juste n’avaient pas été réunies.

Le deuxième élément d’explication nous est donné par le président de l’Institut de sondage vénézuélien Datanalisis, Luis Vicente Leon. Ce dernier considère que ce fort taux d’abstention est davantage la conséquence d’une « méfiance accrue à l’égard des politiques » que d’un ralliement de la part des électeurs à l’appel au boycott. Pour le président de Datanalisis, cette méfiance se double d’une « lassitude », d’un « désintérêt croissant » de la part des Vénézuéliens envers les différents actes que la scène politique vénézuélienne leur offre à voir et leur fait endurer.

Un pays aux abois

En effet, le contexte socio-économique au Venezuela est toujours aussi catastrophique et préoccupant. Asphyxié par une inflation galopante (+4000% sur un an), en proie aux sanctions économiques états-uniennes (embargo pétrolier depuis 2019), impuissant face aux pénuries d’essence, d’eau et de gaz, ainsi qu’abandonné par des millions de ses ressortissants poussés à l’exil, le pays est aux abois. Reflets terribles de cette grave crise, les très longues files d’attente dans les stations-services pour faire le plein d’essence observées ce dimanche 6 décembre, beaucoup plus longues que les files d’attente pour aller voter.

Un bras de fer annoncé

Cependant, Juan Guaidó ne déroge pas à sa position jusqu’au-boutiste. Le leader de l’opposition a appelé le nouveau président des États-Unis Joe Biden à « amplifier » les sanctions économiques envers le Venezuela. Toujours dans le but de forcer Nicolás Maduro à abdiquer. En outre, et ce dès le lendemain des résultats, Juan Guaidó a lancé une consultation populaire appelant à proroger son mandat de président de l’Assemblée nationale (poste qu’il occupe depuis 2015) au-delà de sa date d’expiration, le 5 janvier, afin de pouvoir organiser de nouvelles élections « justes » et « libres ». Épreuve de force que le président indique être prêt à relever. Entraînant le pays dans une dangereuse valse, dont seuls les Vénézuéliens subiront les écarts.

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