Que pense la Chine du conflit syrien ?

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Cinquième membre du Conseil de sécurité, elle est pourtant celle qu’on a le moins entendu sur la question. Très opposée au militarisme franco-britannico-américain, elle ne peut être taxée de soutien au régime d’Al-Assad, comme l’est le régime russe.

Alors que beaucoup de grands pays ont varié leurs positions depuis le début de la crise, en 2011, la Chine, elle, a maintenu son cap : celui d’une résolution politique sans intervention militaire étrangère. On peut penser cela volontiers naïf, de par les échecs successifs d’une telle résolution pacifique. Néanmoins, cette neutralité ne peut être considérée comme un soutien de fait au régime syrien, comme les Occidentaux aiment à le faire au sujet de la Russie.

Contrairement à Moscou, la Chine a reconnu l’opposition syrienne, et sa diplomatie a, depuis deux ans, dialogué avec les deux parties. Ainsi, après l’attaque chimique du 21 août dernier, elle aurait dû logiquement être la carte maîtresse de la résolution du conflit, les quatre autres membres du Conseil de Sécurité étant trop impliqués dans la fourniture d’armes aux deux bords depuis des mois. Pourtant, elle ne l’a pas fait. Cette neutralité n’est cependant pas handicapante : elle est la voie médiane qui pourrait bien lui apporter une crédibilité supplémentaire sur la résolution des prochains conflits nationaux ou régionaux.

Un axe sino-russe néanmoins très affirmé

Une telle neutralité ne s’est pas affichée au moment des dernières concertations de l’ONU. Par trois fois, la Chine a posé son veto aux propositions occidentales, et ce alors même qu’elle aurait pu s’abstenir. La raison est toute simple : comme la Russie, la Chine s’est sentie flouée par les Occidentaux qui ont outrepassé leurs droits lors de l’intervention en Libye. Cela étant dit, l’alliance avec la Russie s’est donc créée de facto. Néanmoins, les liens diplomatiques unissant Pékin à Moscou se raffermissent depuis de nombreuses années, si bien qu’à un camp occidental volontiers militariste s’oppose désormais une alliance plus respectueuse des normes internationales (pourtant édictées par les Occidentaux il y a des décennies !).

Ce relatif silence diplomatique laisse donc la Chine dans la seconde division des grandes puissances diplomatiques (avec la France notamment). La sortie de crise n’a été permise que par l’acceptation américaine des conditions voulues par la Russie, lors de la conférence de Genève II. La Chine n’avait pas été conviée par son partenaire russe. Quel besoin la Russie avait-elle en effet de l’inviter, tant les atermoiements et les faiblesses du projet de l’autre signataire de l’accord de Genève étaient patents !

La Chine sort donc gagnante par défaut du temps laissé à Al-Assad pour recenser et détruire ses stocks chimiques. C’est autant de temps qui ne sera pas mis à profit pour une intervention étrangère aggravant l’instabilité du Moyen-Orient. Une instabilité que refuse la Chine, qui compte parmi ses principaux pourvoyeurs d’énergie… le Moyen-Orient.

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