Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, la nouvelle arme chinoise

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Le 15 avril 2015, la session d’intégration des États membres de la future banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB en anglais) était clôturée. À son issue, 57 pays avaient décidé de rejoindre ce projet lancé par le président chinois Xi Jinping en 2013, lors d’un déplacement en Indonésie. Parmi les parties prenantes de cette nouvelle banque, 37 pays asiatiques, l’intégralité des BRICS, des puissances régionales comme l’Iran, l’Arabie Saoudite ou l’Égypte ainsi que la plupart des États d’Europe occidentale dont la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne.

La banque asiatique d'investissement pour les infrastructures, un coup e maître de la diplomatie chinoise
La banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, un coup de maître de la diplomatie chinoise

La création de l’AIIB constitue l’une des principales réalisations de Xi Jinping depuis son arrivée à la présidence de la République populaire de Chine en 2013. L’objectif affiché de cette banque asiatique d’investissement est de financer des projets d’infrastructures d’abord en Asie mais aussi sur d’autres continents. Pour cela, cette nouvelle banque sera dotée d’une réserve de 50 milliards de dollars, extensible à 100 milliards. Ce projet doit être replacé dans un contexte relativement difficile pour la Chine qui connaît un ralentissement de sa croissance. Après avoir connu une croissance annuelle moyenne de 10 % sur 35 ans, la Chine connaît actuellement une croissance de l’ordre de 7,5 %. Par conséquent, l’obsession de l’administration de Xi Jinping est de canaliser ce ralentissement économique pour assurer un atterrissage en douceur (soft landing) de l’économie chinoise. En effet, une brusque chute non maîtrisée de la croissance serait quasi automatiquement synonyme de révolution dans le pays. Une situation de crise intenable et inacceptable pour l’élite du parti communiste chinois au pouvoir.

Pékin développe une stratégie fondée sur le réinvestissement massif de ses réserves (les plus volumineuses au monde soit environ 4 000 milliards de dollars). Dans cette ligne, le gouvernement chinois est à l’initiative du projet de la nouvelle route de la soie et du fonds de 40 milliards de dollars qui lui est consacré. Sans oublier la Nouvelle banque de développement, aussi appelée Banque des BRICS, munie d’une enveloppe de 100 milliards de dollars dont 41 fournis par la Chine. Cette stratégie pilotée par Pékin repose donc sur un trident de nouvelles banques d’investissement : banque des BRICS, fonds de la nouvelle route de la soie et banque asiatique d’investissement pour les infrastructures. La Chine en quête de relais de croissance est obligée de sortir de ses frontières. Xi Jinping applique là une recette éprouvée à l’intérieur du pays : investissements colossaux pour financer une politique de construction effrénée. Il s’appuie sur ses champions nationaux, les leaders mondiaux du BTP comme China Railway Group, China State Construction et China Communication Construction auxquels il donne du grain à moudre en dehors des frontières chinoises pour servir une diplomatie des infrastructures made by china.

Les États-Unis et le Japon rejettent le projet chinois

Japon et États-Unis sont les deux grands absents de l’AIIB. Les deux alliés rejettent ce projet car ils y voient un concurrent à la banque asiatique de développement (BASD) qu’ils dominent conjointement et qui, depuis 1966, structurent les investissements dans la région Asie-Pacifique. En outre, l’AIIB vient un peu plus réduire la prédominance américaine sur l’architecture de la finance internationale (Banque mondiale, FMI), issue des accords de Bretton-Woods (1944). Les États-Unis ont d’ailleurs cherché à dissuader leurs principaux alliés et partenaires comme le Royaume-Uni et l’Australie à prendre part à la banque asiatique d’investissement pour les infrastructures. Sans succès.

Deux conceptions divergentes du monde semblent s’affronter par organisations internationales financières interposées : les États-Unis bien qu’en proie à un déclin relatif s’accrochent à un ordre du monde ancien, issu de la Seconde Guerre mondiale, et au sein duquel ils demeurent en position dominante ; la Chine, les grands émergents et quelques autres (de plus en plus nombreux) défendent un nouvel ordre du monde, davantage empreint de multipolarité.

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Rémy SABATHIE

Secrétaire général et rédacteur géopolitique pour Les Yeux du Monde, Rémy Sabathié est analyste en stratégie internationale et en cybercriminalité. Il est diplômé de géopolitique, de géoéconomie et d’intelligence stratégique.

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