Histoire d’une révolution politique silencieuse en Chine

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Information tenue secrète par l’appareil étatique et les médias chinois, Bo Xilai, figure flamboyante néomaoïste du Parti Communiste Chinois (PCC), vient d’être limogé de la direction du PCC. Le net vibrait depuis longtemps d’une bataille politique entre Bo Xilai et Wang Yang digne d’une série hollywoodienne, mais son dénouement pourrait avoir de lourdes conséquences économiques et politiques. Retour sur une guerre des chefs qui en dit long sur l’orientation stratégique du pays.

Bo Xilai, jeunot en politique chinoise de 62 ans n’a jamais caché son ambition de diriger le pays. Membre du bureau politique depuis 2007 et ancien ministre du commerce, il a été nommé il y a deux ans chef du PC de la ville-province de Chongqing, une agglomération géante de plus de 31 millions d’habitants. Il succède alors à Wang Yang dans la région en menant une guerre impitoyable contre les mafias locales et en esquissant une politique populiste d’Etat-Providence; on fait revivre quelques grands opéras de l’épopée révolutionnaire, et on rechante L’Orient est rouge à Chongqing. Seule ombre au tableau : les frasques du superflic Wang Lijun avec lequel il a mené sa croisade contre le crime.

A ce populisme à la chinoise s’oppose le personnage de Wang Yang, 56 ans et secrétaire du PC dans la province du Guangdong (région de la côte sud la plus prospère et la plus peuplée du pays qui a expérimenté la politique d’ouverture des années 1980). Ce dernier aurait appuyé les syndicats dans la région, notamment en acceptant une série de hausses de salaires (de 30%, parfois 40%), et favoriserait l’exportation d’entreprises privées au dépens d’entreprises d’Etat à faible valeur ajoutée. Stratégie libérale pionnière loin du populo-maoïsme de Bo Xilai qui cherche à tirer le développement vers la consommation intérieure et s’essaie à un début de libéralisme politique (la presse du Guangdong à la réputation d’être la plus libre du pays).

Nœud de l’intrigue, ces deux personnages politiques étaient en compétition pour entrer en 2013 dans l’organe le plus puissant de l’appareil étatique chinois : le Comité permanent du bureau politique, où siègent les neuf chefs politiques qui prennent les décisions cruciales pour la politique nationale… et internationale.

L’élimination de Bo Xilai dans la course sonne comme une remise en cause du modèle de Chongqing et pourrait bien libérer la voie à ceux qui se positionnent du côté opposé de l’échiquier politique, Wang Yang en particulier.

Loin d’être une simple guerre des chefs dépourvue d’enjeu, ce limogeage intervient alors que le pouvoir à Pékin doit être remanié à l’automne prochain. La situation est effectivement complexe puisque c’est Xi Jinping le successeur presque désigné de Hu Jintao, pourtant dans le même camp politique que Bo Xilai. Il s’agira donc de suivre avec attention cette transition politique, et les luttes pour les postes au sommet qui en découlent afin de spéculer en connaissance de cause sur le nouveau visage politique et économique de la Chine.

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