Ukraine : quand le football s’immisce dans les relations internationales.

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Alors que l’opposante Ioulia Timochenko vient d’annoncer qu’elle arrêtait la grève de la faim qu’elle avait entamée il y a trois semaines, les acteurs de  l’Euro 2012 de football, qui se tiendra dans un mois en Ukraine et en Pologne, font entendre leur voix pour dénoncer les abus commis à l’encontre de l’opposante ukrainienne.

Est-ce l’avènement de la « football politik » ? Cette implication du sport dans les relations internationales n’est pas une nouveauté. Ainsi, les Jeux Olympiques sont depuis longtemps l’un des lieux privilégiés de l’expression de la géopolitique. Il suffit de rappeler le boycott des Jeux de Moscou en 1980 par le Bloc Ouest, puis celui de Los Angeles en 1984 par l’URSS et ses alliés, ou encore la prise d’otage sanglante des athlètes israéliens par les activistes Palestiniens de Septembre Noir lors des Jeux de Munich en 1972.

Dans le cas de l’Ukraine, la situation est différente : c’est le pays organisateur lui-même, au travers de son gouvernement, qui est visé. Plusieurs délégations étrangères contestent l’application d’une loi autorisant la poursuite d’anciens dirigeants pour des fautes de gouvernance commises durant l’exercice du pouvoir. La chancelière allemande, Angela Merkel, a ainsi  annoncé qu’elle ne se rendrait pas en Ukraine pour soutenir son équipe.

Seules trois des délégations étrangères qualifiées ont décidé d’installer leur camp de base en Ukraine, les autres préférant rester en Pologne et rejoindre au dernier moment le stade de leur match par avion. Si toutefois elles le peuvent, car les infrastructures de transport prévues pour l’Euro sont encore inachevées. Cette compétition met ainsi en lumière un deuxième facteur crucial dans l’organisation de compétitions sportives internationales : le développement économique.

Le choix du pays hôte résulte toujours d’enjeux géopolitiques, stratégiques mais aussi  économiques.

Comme pour la Coupe du Monde de football 2014 et les JO de 2016 attribués au Brésil, ceci peut-être un moyen de mettre en avant le développement d’un pays sur la scène internationale. Néanmoins, l’Etat organisateur doit avoir les moyens de supporter et d’accompagner sur le long terme les investissements effectués pour la compétition. Le cas de la Grèce est à ce titre révélateur des conséquences désastreuses engendrées par un projet lancé sans dynamique de croissance sur le long terme. Le stade et le village olympique sont devenus des friches industrielles et  aucun emploi durable n’a été crée.

L’Ukraine était-elle prête à accueillir cet Euro 2012 ?  Le rassemblement autour de l’équipe nationale est pour l’instant effacé au profit des tentatives individuelles pour faire entendre sa voix en profitant du battage médiatique créé autour de l’événement. Le plus grand risque vient néanmoins des lendemains qui déchantent, après la compétition, lorsque médias et investisseurs auront quitté le pays.

 

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