Les législatives en Grèce : victoire en demi-teinte pour l’UE, triomphe du nationalisme grec

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La perle au front, les poings serrés et le regard rouge d’inquiétude, les commissaires européens ont scruté toute la nuit les résultats des élections législatives grecques. Ce fut un oui ! Lâche soulagement munichois pour Angela Merkel et les créanciers qu’elle a impliqués au prix fort dans le naufrage progressif de l’Acropole. Les élections s’étaient muées en référendum pour ou contre l’Union Européenne, choix binaire entre les protecteurs de l’austère Mémorandum signé par le FMI, la BCE et l’UE et les contempteurs des technocrates bruxellois, aujourd’hui leurs créanciers.

29,66% des  voix se coalisèrent autour de la candidature du centre-droit Antonis Samaras. Pas tout à fait proportionnelle, l’élection accorde au vainqueur un bonus de 50 sièges au Parlement, ce qui permet au ND de détenir une majorité relative, premier pas vers la formation d’une coalition gouvernementale.  Trois points en deçà l’on retrouve le parti d’extrême gauche SYRIZA. Les socialistes occupent la dernière marche du podium avec 12%, suivis par le Parti des Grecs indépendants et par le néo-nazi Aube dorée.

Alors certes, les contemplateurs de l’Union Européenne, sceptiques mais facilement rêveurs, verront dans ces élections la réussite du modèle européen et la raison du peuple grec, conscient de la faillite économique résultant d’une sortie anticipée de la zone euro. D’aucuns admireront la fuite en avant athénienne, toboggan progressivement plus abrupte à destination du défaut.  Mais ce qui ressort le plus lors de l’analyse de ces résultats est l’affirmation, dans tous les partis, de la fièvre nationaliste grecque.

Rappelons nous qu’en 1989, Samaras, alors ministre des Affaires étrangères, fut démis de ses fonctions en raison de sa position inflexible sur son voisin, la Macédoine. La nouvelle République cherchait alors une dénomination et Samaras s’opposa à l’emprunt du nom « Macédoine » à la province du nord de la Grèce. Aube dorée propose de miner la frontière avec la Turquie pour prétendument empêcher l’immigration turque (alors qu’aujourd’hui les temps sont à l’émigration grecque) mais surtout pour protéger le pays d’une invasion d’Ankara en grande partie fantasmée. La faiblesse des grecs répand l’inquiétude d’une expansion turque à Chypre. Tous les partis critiquent l’inflexibilité des technocrates européens, déconnectés des réalités humaines. Les immigrés albanais sont accusés de tous les maux et renvoyés de force, parfois avec violence, par les mains du peuple grec  à la frontière. La Bulgarie continue d’envenimer la situation en refusant la construction d’un oléoduc de Moscou à Athènes et tous les partis contestent cette position autoritaire.

Les plaies du peuple grec sèchent au soleil du nationalisme, sentiment chevillé au corps et au cœur des héritiers de Platon. Après tout, disent-ils, la mère de la civilisation européenne a-t-elle à recevoir des leçons de Bruxelles ? L’Union Européenne souffle et s’accorde un répit. La Grèce, quant à elle, s’accorde un repli, réclamé par un peuple précaire en souffrance. Demain, derrière le gouvernement d’union nationale fêté dans toutes les capitales, il faudra déceler le gouvernement d’union des nationalistes grecs, véritables vainqueurs des élections législatives d’hier.

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