Medvedev défie le « front civil unifié » souhaité par Poutine

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Trois ans auront donc suffi au Président russe Dimitri Medvedev pour commencer à véritablement critiquer ce que d’aucuns appellent le « système Poutine », et en particulier sa tendance à combattre toute compétition politique en glorifiant un seul et unique parti, celui du Président. Cette critique apparait quelques jours après la volonté de Poutine de rassembler la base du parti majoritaire avant les prochaines élections parlementaires de décembre, autour d’un « front civil unifié ». Mais déjà, on ne peut s’empêcher de penser que Poutine prépare déjà la présidentielle de l’année prochaine.

Medvedev se fait donc avocat du diable, si l’on peut dire, puisqu’il affirme qu’aucune force politique ne peut se penser seule dominante, et qu’un système politique où tout est décidé à l’avance est voué à l’échec. Medvedev craint une chose : que le parti « Russie unie », son parti (et également celui de Poutine) ne devienne un nouveau Parti Communiste. Il est vrai que parfois, les régimes staliniens ou brejnéviens  avaient tendance à vouloir tout prévoir dans le futur, en oubliant précisément les graves défis du présent…En ce qui concerne la mainmise du pouvoir, il en prend le chemin.

Que se cache-t-il derrière ce « front civil unifié » ? Constatons tout d’abord que l’idée de Poutine apparait quelque peu déroutante, puisqu’on ne peut pas dire que la Russie connaisse une crise identitaire majeure, qui supposerait la mise de côté des différences politiques pour le bien commun. Mais il semble bien que Poutine ait la volonté de rassembler médias, syndicats, églises, jeunesse… autour de la toute-puissance de Russie unie. Toute-puissance aujourd’hui de plus en plus remise en cause : le parti possède certes les deux tiers des sièges à la Douma, le Parlement russe, mais les sondages sont de moins en moins favorables…

Russie unie veut donc avant tout se donner une image plus moderne, la plus éloignée possible de celle que beaucoup de Russes ont : une bureaucratie dominante et toute-puissante peuplée de fonctionnaires corrompus. On comprend assez rapidement la logique électoraliste qui se trame en arrière plan. Le défi pour Poutine est donc de montrer qu’il peut être plus qu’un grand homme politique : être un véritable rassembleur et fédérateur national.

Le duel Medvedev-Poutine est donc bel et bien lancé, sur fond de hausse des prix énergétiques et alimentaires, et de doute de plus en plus croissant de la part de la population au sujet de la loyauté de leurs gouvernants.

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