Ouverture d’un bureau taliban au Qatar : vers un nouvel Afghanistan ?

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Depuis la fin 2001, l’envahissement de l’Afghanistan n’a pas permis de mettre un terme à l’influence des Taliban, qui demeurent une force d’opposition au gouvernement actuel d’Hamid Karzai. L’ouverture d’un bureau à Doha, pour les représenter, pourrait être une solution dans le but de parvenir à une médiation entre les deux parties.

Déjà imaginée il y a deux ans, cette initiative avait du être reportée pour de multiples raisons, tant américaines (souhait d’un arrêt de la rébellion), afghanes (refus catégorique de Karzai face à une telle perspective) que talibanes (existence de multiples divisions). Aujourd’hui, il pourrait s’agir d’un premier pas vers une reprise des négociations entre les Taliban et H. Karzai.

Tout d’abord, les Taliban semblent avoir compris que pour parvenir à leurs fins politiques, une solution pacifique devait être choisie. Enfin prêts à discuter avec le gouvernement central, fatigués par plusieurs années de guerre, et toujours inquiets face à la vigueur de la coalition anti-talibane, ils restent néanmoins en position de faiblesse, et nul doute qu’ils devront faire beaucoup de concessions, à moyen terme, enfin d’espérer avoir un quelconque rôle politique à jouer.

Que des gagnants à moyen terme ?

Côté américain, on peut se féliciter d’un soft power efficace après des années d’hard power ayant décimé le pays. Les Etats-Unis ont en effet obtenus des Taliban que ceux-ci désavouent publiquement Al-Qaida. Certes, cela avait été le cas par le passé, mais il semble bien que les Américains soient convaincus que les liens se distendent de plus en plus entre les Taliban et le terrorisme. Néanmoins, les Etats-Unis ont également fait preuve de réalisme. Les Taliban n’ont jamais été aussi inquiétants et puissants, peut-être même plus qu’avant 2001.Les attaques sont de plus en plus nombreuses, et il y a fort à parier que les Américains n’aient eu d’autre choix que de proposer des négociations aux Taliban afin de réduire ce fléau.

Enfin, le Président Karzai pourrait être estimé comme un perdant dans l’ouverture de ce bureau. En effet, un tel événement peut donner au mouvement taliban un statut international. En vérité, l’émir du Qatar a, semble-t-il, rassuré son homologue sur le bien-fondé d’une telle initiative. Néanmoins, lui aussi se trouve en position de difficulté, car, en réalité, ce nouveau bureau devrait bien plus ressembler à un bâtiment officiel pour un mouvement en exil (comme a pu l’être, par le passé, le bureau de l’OLP à Beyrouth) qu’à un véritable lieu de rencontre pour de futures négociations.

Néanmoins, la prudence doit rester de mise. L’Afghanistan est dans un tel état depuis 2001 que l’initiation de négociations reste une véritable lubie à ce jour. Les différends demeurent extrêmement importants à ce jour, tant dans les relations entre le gouvernement actuel et le mouvement taliban qu’au sein de ces deux ensembles. De plus, une future médiation devra nécessairement s’appuyer sur le Pakistan, dont le double (triple, quadruple ?) jeu plombe le conflit depuis dix ans, mais qui s’avère malheureusement être un acteur incontournable pour le futur.

Au final, à l’approche de la réduction drastique du nombre de troupes occidentales en 2014, l’avenir afghan demeure fortement plombé, et dont l’ingérence étrangère ne peut être la seule cause. Les multiples fonds dédiés à la formation des forces afghanes ou à la reconstruction du pays semblent bien insuffisants face à la réalité des difficultés locales. De futures négociations multipartites restent le seul brin d’espoir politique à ce jour.

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