Syrie : pourquoi Genève 2 a échoué

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La première phase de négociations concernant la résolution de la crise syrienne dite « Genève 2 » s’est achevée vendredi 31 janvier dernier à Montreux sur un non-lieu, achoppant principalement sur la décision de mettre en place ou non un gouvernement de transition à Damas. Les parties en présence se tournent désormais vers le 10 février, date à laquelle de nouveaux pourparlers se tiendront, une fois encore à Montreux. Une issue prochaine est-elle envisageable ?

Depuis maintenant près de trois ans, la Syrie est balayée par la plus grave crise politique de son histoire et, jusqu’ici, toutes les tentatives pour sortir de l’impasse ont échoué. La conférence « Genève 2 » débutée le mercredi 22 janvier n’a pas fait exception à la règle. Souffrant avant même son ouverture d’incertitudes quant à la présence ou non de certains acteurs, cet énième rassemblement s’annonçait mal engagé.  Au final, très peu d’avancées concrètes mais « les deux camps savent désormais que la seule issue possible reste de trouver un accord sur un gouvernement de transition » souligne Lakhdar Brahimi, envoyé spécial de l’ONU sur la Syrie.

Pourquoi une telle léthargie autour d’une tentative de sortie de crise ?

Si certains observateurs voyaient dans le soulèvement syrien la simple translation d’un phénomène observé au cours du Printemps Arabe, force est de constater que le chaos qui soulève aujourd’hui Damas est de nature différente, ce qui explique en partie la lenteur de sa résolution.

Tout d’abord, l’opposition au gouvernement de Bachar Al Assad se heurte à un régime très profondément ancré dans la société syrienne. Depuis la prise de pouvoir par la famille Assad en 1970, le parti Baas syrien a su profiter de l’extrême hétérogénéité ethnique du pays en s’attirant les faveurs de presque toutes les minorités (chrétiens compris), et  reléguant la cause musulmane au second plan derrière un nationalisme syrien beaucoup plus fédérateur qui assure encore aujourd’hui un soutien profond à Bachar Al-Assad.

Il faut également noter que la géographie de la rébellion syrienne est tout à fait singulière. Contrairement aux rassemblements massifs de la classe moyenne observés dans de grandes métropoles lors du Printemps Arabe, le mouvement de contestation syrien, lui, a d’abord émergé de façon sporadique dans des zones plus rurales, au sein de classes sociales très défavorisées. Le manque d’organisation de la rébellion sert alors le régime qui a eu le temps de mettre sur pied une répression efficace, participant dès lors d’un enlisement du conflit.

Enfin, et c’est certainement le point le plus décisif dans la lenteur de résolution de cette crise, la Syrie est au cœur d’enjeux qui dépassent largement le cadre de ses frontières politiques. A l’opposition entre la Coalition Nationale Syrienne (CNS) et le régime de Bachar Al-Assad se superposent une confrontation entre deux grands leaders régionaux – l’Iran et l’Arabie Saoudite – et un conflit d’intérêts entre les Etats-Unis et la Russie, qui signe avec le conflit syrien son retour sur l’échiquier diplomatique international. Paralysés par la peur d’un autre bourbier irakien ou afghan, les américains semblent privilégier la voie de la négociation, tout comme Vladimir Poutine qui craint qu’une militarisation trop intensive du conflit n’ait un effet de contagion auprès des minorités musulmanes du Caucase.

Pour l’heure, il est donc encore beaucoup trop tôt pour prédire une sortie de crise prochaine. Le gouvernement de transition, bien qu’il diffère dans la forme selon le camp russe ou occidental, semble l’issue la plus probable mais Bachar Al-Assad se refuse encore à toute concession. Jeu dangereux pour le président, car la véhémence et l’isolationnisme du chef d’état syrien pourraient bien, à terme, mettre fin à l’appui du dernier grand soutien du régime : le Kremlin.

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