Yémen Acte 2 : Riyad s’avance un peu vite ?

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La situation s’était dégradée depuis 2012 et a conduit le pays à l’effondrement en mars. Cela fait un mois que la coalition menée par l’Arabie saoudite dirige des frappes contre les forces houthistes et pro-Saleh au Yémen. A la suite de cette opération nommée « Tempête décisive », Riyad a annoncé un arrêt des bombardements intensifs le 21 avril dernier pour laisser place à une opération plus politique nommée « Restaurer l’espoir ». Malgré un optimisme dans les déclarations la partie est loin d’être gagnée.

Les raids aériens ont fait de nombreuses victimes civiles comme à Sanaa.
Les raids aériens ont fait de nombreuses victimes civiles comme à Sanaa.

Le nom de l’opération, déjà. « Restore Hope » est une opération de l’ONU menée par les Etats-Unis dans le but de stabiliser la Somalie de décembre 1992 à mai 1993 et qui s’est soldée par un échec. Baptiser du même nom l’opération sensée stabiliser le Yémen témoigne au choix d’une inculture étonnante ou d’une certaine arrogance, les chances d’arriver à calmer la situation restant assez faibles. Cela n’a pas empêché le président yéménite Hadi réfugié à Riyad de promettre une victoire et un retour prochain à Aden et Sanaa. Le fait que le camp pro-Saleh, représenté par le Congrès Populaire général (CPG), soutienne la résolution 2216 adoptée le 14 avril par le Conseil de Sécurité qui impose aux houthistes de se retirer des territoires qu’ils ont pris est une autre victoire pour les saoudiens. Enfin, l’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen a changé pour devenir le mauritanien Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, convenant plus à Riyad que le marocain Jamal Benomar, et Khaled Bahah, ancien ministre et homme de compromis, est nommé Vice-Président. Malgré cela les houthistes ne semblent pas céder de terrain et leur chef Abdel Malek Al-Houthi, promet une guerre longue alors qu’ils tiennent encore Sanaa et Taëz.

La situation pour les civils a considérablement empiré. L’ONU estime à un millier de morts et plus de trois mille blessés le bilan pour l’instant, et une pénurie d’eau, de nourriture, de médicaments et d’électricité pour la population. A cela s’ajoute les combats qui se poursuivent à Aden et Taëz et qui font de plus en plus de victimes civiles. Human Rights Watch a aussi accusé, preuves à l’appui, l’Arabie saoudite de recourir à des armes à sous-munitions près de zones civiles. Enfin, les saoudiens ont annoncé avoir repoussé le 30 avril sur leur territoire à la frontière de Najran, une attaque des rebelles chiites yéménites. Une première qui a surpris la défense et qui est plus de l’ordre du message que de la menace réelle.

On peut donc voir que Riyad a bien compris l’intérêt de basculer sur une résolution plus politique du conflit mais n’arrive pas à se dépêtrer de la situation.

Les bombardements n’ont pas été d’une grande efficacité et rien n’est réglé : les annonces de l’Arabie saoudite sur un changement de méthode pour régler le conflit tiennent donc plus du vœu pieux que de la réalité. De plus le compte de morts civiles ne cesse d’augmenter en rend l’opération plus impopulaire avec le temps qui passe. On ne peut non plus s’empêcher de penser à une influence iranienne chez les rebelles houthistes pour déstabiliser les puissances sunnites voisines, ce qui renforcerait le fait que l’attaque contre Najran était un message de l’Iran pour l’Arabie Saoudite. On peut donc en conclure qu’après ce qui était censé être la partie la plus dure de l’opération, le plus dur s’annonce.

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