L’inquiétante progression du sectarisme au Liban

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Les conflits irakiens et syriens ont renforcé l’opposition entre chiites et sunnites, marquée notamment par l’influence notoire des leaders des deux camps, l’Arabie Saoudite et l’Iran. Au Liban, durement affecté par des années de guerre et par l’afflux de réfugiés syriens, cette opposition devient de plus en plus inquiétante.

H. Nasrallah, leader du Hezbollah
H. Nasrallah, leader du Hezbollah

Lorsque Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah chiite, affirme, dans une déclaration au vitriol, que l’Arabie Saoudite sunnite est liée à Israël et aux Etats-Unis pour renverser le régime d’Al-Assad, il semble évident que l’on ait atteint un point de non-retour. Les attaques contre Israël et les Etats-Unis sont classiques. Néanmoins, voir l’Arabie saoudite wahhabite comme un ennemi au Moyen-Orient est un nouveau pas franchi dans la rhétorique du mouvement libanais. Ainsi, alors que le principal danger pour le Liban était situé au sud depuis de nombreuses années (Israël), Nasrallah pense qu’il est désormais bien plus à l’est.

L’opposition intra-musulmane est donc de plus en plus patente. En Syrie et plus récemment au Yémen, elle fut manifeste, notamment car les puissances du Golfe tiraient chacune les ficelles de conflits pourtant à l’origine purement internes. Ainsi l’Arabie Saoudite ne s’est pas privée d’affirmer avoir arrêté des membres du Hezbollah et de l’Iran au Yémen. En contrepartie, l’Iran a publiquement accusé le régime de Riyad pour ses erreurs lors du pèlerinage de La Mecque qui ont fait plous de 1500 morts. Or, cette situation s’avère de plus en plus durable, et aucun autre pays que le Liban (or la Syrie et le Yémen en guerre) ne semble plus affecté par ce clivage patent.

Le Liban, futur poudrière par effet domino ?

Nul besoin de revenir sur la diversité sociale et religieuse libanaise, cause de ses atermoiements politiques de ces dernières décennies. Aujourd’hui, il semble que le Liban attende de savoir qui domine le Moyen-Orient pour trouver une solution durable à ses conflits internes. Le pays n’a plus de président depuis plus d’un an, renforçant ainsi l’incapacité de trouver un compromis politique entre les factions en place.

Pour le moment, cette opposition entre sunnites et chiites au Liban reste majoritairement verbale. Le pays a durement souffert par le passé de ses divisions internes et les leaders politiques du pays ont cependant compris qu’il ne fallait pas sur jouer cette polarisation interne au risque de transformer le pays en une poudrière. Les déclarations de Nasrallah, fussent-elles majoritairement dirigées contre les branches les plus extrêmes du sunnisme (EI et Al-Qaïda) montrent néanmoins que l’affrontement verbal pourrait devenir plus direct au fil des mois. Pour l’instant, les fléaux politiques historiques du pays (sectarisme politique et religieux, corruption, etc.) sont relégués au second plan face à la grave crise que traverse le Moyen-Orient, et dont les répercussions pourraient être terribles au Liban.

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