Renseignement financier et lutte contre le blanchiment sont-ils l’avenir de la guerre contre le terrorisme ?

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Tracfin est l'agence française de renseignements financiers et de lutte contre le blanchiment. Elle est liée au ministère de l'économie et des finances et collabore étroitement avec ses homologues étrangers.
Tracfin est l’agence française de renseignement financier et de lutte contre le blanchiment. Elle est liée au ministère de l’Economie et des Finances et collabore étroitement avec ses homologues étrangers.

Les révélations sur la fortune supposée de Daesh – dont les revenus tirés du pétrole syrien représenteraient environ 1,5 millions de dollars par jour – ont relancé le débat sur le financement des groupes terroristes et les circuits de blanchiment internationaux. Si les puissances occidentales se sont dotées d’un arsenal législatif et institutionnel pour combattre ces financements occultes, force est de constater que les groupes terroristes continuent de trouver des accès au « nerf de la guerre » pour alimenter leurs activités, au nez et à la barbe des régulateurs. Mais dans une économie financière mondialisée, l’assèchement des circuits de blanchiment internationaux est-il possible ? Le démembrement de ces réseaux à l’échelle mondiale pourrait constituer un élément clef de la guerre contre le terrorisme du XXIème siècle.

 Selon l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime, le blanchiment d’argent concernerait des sommes voisines de 1600 milliards de dollars par an, soir 2,7% du PIB mondial en 2009. La totalité de cet argent ne va pas alimenter uniquement les organisations terroristes internationales mais aussi des réseaux mafieux et criminels non classés comme tels par la communauté internationale. Cette pratique est ancienne et a donné lieu à de retentissants scandales impliquant des acteurs financiers de premier plan : ce fut le cas de Banco Ambrosiano, une banque liée au Vatican, accusée de blanchir l’argent des Contras du Nicaragua et du syndicat polonais Solidarnosc jusqu’à sa faillite en 1982, de la chambre de compensation Clearstream, ou encore de nombreuses banques pakistanaises chargées de faire parvenir l’ « impôt islamique » collecté à travers le monde aux combattants talibans. Plus récemment, des organisations comme Boko Haram au Nigeria, les FARC en Colombie ou l’Etat Islamique et Al Qaeda au Moyen-Orient ont bénéficié de ces réseaux mondiaux qui s’appuient sur des complicités locales et un archipel mondial de paradis fiscaux bien intégrés.

Devant le phénomène de mondialisation du crime organisé – qui est avant tout financière – les gouvernements et institutions internationales ont pris des mesures pour « lutter à la source » contre le terrorisme.

Au niveau national, cela s’est traduit par la création d’agences étatiques comme Tracfin (Traitement du Renseignement et Action contre les Circuits Financiers clandestins) en France, liée au Ministère de l’Economie, ou encore l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) aux Etats-Unis. Au niveau international, la coopération entre ces agences et le partage d’information a été érigé en priorité : par exemple, le groupe Egmont est un forum de coopération entre les cellules de renseignements financiers de plusieurs pays. Le G7 a créé en 1989 le Groupe d’action financière sur le blanchiment de capitaux (GAFI), un organisme intergouvernemental dont le but est de développer et de promouvoir une réponse internationale pour lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Enfin, l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime, créé en 1997 et basé à Vienne, fut la réponse onusienne à cette problématique des réseaux internationaux finançant le crime organisé. Cette multiplication des organismes gouvernementaux ou intergouvernementaux montre que la question du financement du terrorisme est prise très au sérieux par la communauté internationale. Cependant, les blocages politiques à la coopération des paradis fiscaux pour plus de transparence financière sont un des éléments qui handicapent sérieusement le tarissement des flux mondiaux de capitaux illicites.

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