La croissance économique à la Belle Epoque

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La légendaire Ford T, symbôle du changement de système technique et de la prospérité à la Belle Epoque.
La légendaire Ford T, symbôle du changement de système technique et de la prospérité à la Belle Epoque.

Après le long marasme économique de la période 1873-1895, appelée Grande Dépression, la Belle Epoque annonce un cycle économique ascendant (dans la terminologie des cycles de Kondratiev) marqué par l’importance de la croyance en le progrès et les innovations technologiques (naissance du cinéma, de l’aviation…). Cette période voit s’opérer une vigoureuse reprise de la croissance, accompagnée, comme l’a souligné plus tard Kondratiev, d’une remontée des prix. Dans les pays industrialisés les taux de croissance annuels sont souvent supérieurs à 3% et frisent même les 5% à la veille de la guerre.

Les facteurs de reprise après 1895 sont multiples. Tout d’abord la situation monétaire redevient favorable. Dans le Gold Standard System (système monétaire en place), l’émission de monnaie par les banques centrales dépend de leurs réserves en or. Les découvertes des mines d’or en Californie (dès les années 1850), en Afrique du Sud dans la région du Transvaal et en Alaska (dans les années 1890) mettent fin à la période de pénurie de métal précieux de la Grande Dépression et sont donc un élément explicatif du retour à la prospérité. De plus, les analyses schumpétériennes s’attachant à l’étude de l’évolution des innovations technologiques décrivent un processus de « destruction créatrice » pendant la Grande Dépression, période d’essoufflement des activités vieillissantes et révélatrice des difficultés structurelles de l’industrie. Or, à la fin du XIX° siècle, de nombreuses inventions des années 1870-1880  (comme la dynamo ou le moteur à explosion) trouvent de nouvelles applications et génèrent de nouveaux secteurs industriels porteurs de croissance, comme l’industrie automobile. D’autres explications, peut-être plus marginales, peuvent être avancées. Le phénomène d’émigration massive (principalement d’Europe vers le Nouveau Monde) soulage le marché du travail saturé des pays de départ et accélère le dynamisme industriel des pays d’accueil. On peut également établir une corrélation entre l’activité militaire et la situation économique : si pendant la Grande Dépression on note peu de conflits de grande ampleur, la guerre hispano-américaine de 1898, la guerre des Boers (1899-1902) et la guerre entre Japon et Russie (1904-1905) ont largement stimulé certains secteurs industriels comme l’armement.

Il ne faut toutefois pas se méprendre sur cette période que l’on a rétrospectivement qualifiée de « Belle Epoque ». La croissance s’est en effet révélée extrêmement inégale. Entre les Etats tout d’abord : la croissance relativement médiocre de la Grande-Bretagne accélère son reclassement parmi les puissances industrielles. Inégalités sectorielles ensuite puisque les activités issues de la première révolution industrielles (type charbon et acier) ne bénéficient pas de l’essor des activités nouvelles, de même que l’agriculture. Les dimensions industrielle, commerciale et financière des sévères crises de 1900, 1907 et 1913 qui se propagent en Europe et aux Etats-Unis viennent également nuancer ce tableau.

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